Où sont les marges ? Non ce n’est pas une réinterprétation de la célèbre chanson de Patrick Juvet1. Mais une question (légitime) que beaucoup de lecteurs et lectrices ont dû se poser dans le contexte des récentes mobilisations agricoles. Dans les débats, on a en effet souvent assisté à de houleux échanges, où la grande distribution et l’agro-industrie se rejetaient mutuellement la responsabilité des faibles prix imposés aux producteurs. Le tout dans un contexte d’inflation qui a vu les coûts des matières premières et de l’énergie exploser.

Un chiffre a plus particulièrement été brandi ad nauseum par Dominique Michel, patron de Comeos (la fédération des entreprises du commerce et des services, autrement dit la grande distribution) : 1.3€. C’est le montant en moyenne que ses membres auraient gagné en 2021 sur un panier de 100€ de produits alimentaires vendus en magasin. Une marge nette moyenne2 que le représentant de Comeos juge « beaucoup trop faible », voire « invisible »3. Et il ne la sortait pas de son chapeau mais d’un rapport 2022 du SPF Économie sur la transmission des prix dans les chaînes alimentaires4. Alors si le secteur de la distribution est à ce point fragilisé par la crise, qui dans ce cas profite du contexte d’inflation ?