À peine la porte du magasin Le Spamboux franchie, le ton est donné : orange vif. Des figurines de Gilles, des paniers, des oranges éparpillées au milieu d’une large sélection de produits des fermes du Pont Jaupart et de Merboëlle ainsi que du terroir hennuyer. Autant de clins d’œil au folklore phare de la région du centre, dont le traditionnel « Plus Oultre » illuminait la Grand-Place de Binche pas plus tard que la veille, marquant la fin d’un carnaval réussi.

Au comptoir, on discute des festivités écoulées, de l’ambiance en ville ces derniers jours… et naturellement de la météo. « Espérons qu’on ait un bon printemps », glisse une cliente à Aline1. Une perspective loin d’être anodine pour cette agricultrice, qui mise sur une belle récolte de fraises cette année ; sa spécialité depuis la reprise de la ferme familiale en 2011. Elle ne s’y destinait pourtant pas forcément. Quand son père a pris sa retraite, Aline avait terminé ses études horticoles depuis six ans et travaillait dans le privé. Ses sœurs aînées n’étaient pas intéressées.

À la voir souriante derrière son comptoir, discuter avec légèreté avec les clientes du magasin, on penserait que c’est facile. Pourtant, elle représente une minorité : celle des agricultrices à la tête de leur exploitation. D’après le Service public de Wallonie (SPW), elles ne sont que 16 % de cheffes exploitantes dans la Région, une moyenne stable et inférieure à celle de l’Europe. En moyenne, leurs fermes font 43 hectares, contre 60 pour les hommes. Toutes ont en commun d’avoir franchi une à une les barrières invisibles qui freinent encore l’installation des femmes en agriculture.

Le Spamboux... Un magasin local issus de deux fermes de la région binchoise. © Dessin Jeroen Janssen.