Au Moyen-âge, la ville de Bruxelles était intrinsèquement et directement liée à sa campagne nourricière. Puis sous l’effet de l’industrialisation et de l’urbanisation, les fermes dont dépendaient la population urbaine ont progressivement disparu. Mais depuis plusieurs années maintenant, on observe un élan nouveau et à contre-courant de la dynamique opérée durant le siècle précédent.

La question du redéploiement de l’agriculture à Bruxelles se taille une place dans les préoccupations politiques. La Région, via son projet Good Food, entend atteindre 30% de production locale pour les fruits et légumes d’ici à 2035. Sous le nom générique d’« agriculture urbaine », elle suscite enthousiasme d’un côté, circonspection de l’autre. Car il semble clair qu’elle ne pourra répondre aux besoins alimentaires de base de ses habitant·es. Selon une étude de 2020 (UCLouvain), seuls 0,3% des volumes de fruits, légumes, pommes de terre, œufs et produits laitiers consommés par les Bruxellois·es peuvent être couverts par les productions locales. 

Pour l’historien Paulo Charruadas, l’image de l’agriculture urbaine qui est actuellement véhiculée est une romantisation du passé. Un lointain passé où Bruxelles était autonome sur le plan nourricier. Comme on l’a vu, cela fait en réalité bien longtemps que ce n’est plus le cas.

Il était une fois l’agriculture à Bruxelles : 1000 ans d’histoire
Décryptage Histoire
Il était une fois l’agriculture à Bruxelles : 1000 ans d’histoire
Estampe montrant une vue de Saint-Gilles, de la porte de Hal et du côté sud de Bruxelles (1575).

Renouer avec son espace nourricier historique nécessiterait pour Bruxelles de surmonter plusieurs défis d’envergure.

Le manque d’espace : les 19 communes bruxelloises offrent un territoire excessivement limité et en tout cas trop restreint pour nourrir 1,2 million de bouches. Un dossier publié par Culture et Démocratie souligne bien cet état de fait : « Dans une récente étude, la fédération de l’agriculture urbaine a recensé 46 hectares alloués à l’agriculture urbaine professionnelle à Bruxelles (pâturage, espaces occupés par des fermes pédagogiques et autres types de production). On compte principalement des projets sur des surfaces allant d’un peu moins d’un hectare à trois hectares. »

Une production de niche : l’agriculture urbaine est la plupart du temps consacrée à des légumes à haute valeur ajoutée, et non à ce qui constitue aujourd’hui la base de l’alimentation de la majorité de la population (céréales, pommes de terre, laitages, viande). De plus, les produits des fermes urbaines semblent difficilement accessibles aux couches de la population à faibles revenus.

La dépendance aux marchés mondialisés : « Les agriculteurs, même en reconversion, sont encore tenus par les marchés globaux qui ne sont pas forcément tournés vers la ville la plus proche. Cette agriculture urbaine de proximité en reconversion biologique est marginale par rapport à la façon dont le marché est organisé aujourd’hui », souligne l’historienne Chloé Deligne.

La pollution des sols : dans les zones industrielles bruxelloises du passé, les sols sont pollués. Or, « les décideurs politiques ne prennent pas en compte cet héritage industriel. Le Pajottenland, par exemple, est très vallonné et a concentré en fond de vallée des intrants chimiques depuis la deuxième moitié du XIXe siècle », relève Paulo Charruadas.