Bip. Bip. Bip. Bip. « Regarde-moi cette beauté ». Donatella Vanadia est fière et a le bras qui valse à travers la fenêtre, pointant des vaches grises qui défilent sur les blés bien trop dorés pour un début juin. Biip. Biip. Biip. Déjà récoltés, les épis, et bien trop maigres. Il a fait bien trop sec depuis trop longtemps. On n’a plus vu de vraies pluies depuis plus d’un an ici. Biiip. Biiip. En contrebas, on aurait dû apercevoir un ruisseau, mais à la place il n’y a que de maigres tiges assoiffées.

Biiiip. Le rappel de la ceinture de sécurité, détachée, de la vieille Fiat couine de plus en plus fort. Il accompagne partout Donatella, tous les jours. Dans les champs, à la fromagerie, aux réunions qui font vivre le territoire, à l’école agricole ou chez ses amies agricultrices avec qui elle promeut les circuits courts. Mais l’épaisse voix de cette éleveuse indocile le fait presque oublier. Ce n’est pas le genre d’alarme qui la fait tiquer. Il y a d’autres défis sur ces collines agricoles de Vizzini, plantées au beau milieu de la pointe sud de la Sicile. Ça tombe bien, « la meneuse d’une troupe de fous », ainsi qu’elle se nomme en s’esclaffant, vit pour ça.

« Perché è beautiful »