Charlie Brocard, vous êtes chercheur en alimentation à l’IDDRI1. Quel est votre regard sur l’évolution des politiques liées à l’alimentation ?

Historiquement, elle s’est concentrée sur deux secteurs : d’abord l’agriculture et ses enjeux économiques, ensuite la nutrition et ses enjeux de santé. Depuis le milieu des années 2000, la question environnementale est toutefois devenue de plus en plus présente. Les rapports scientifiques soulignant l’impact de l’agriculture sur les gaz à effet de serre, la pollution des sols, la santé ou le déclin de la biodiversité se sont multipliés. Idem pour la question du bien-être animal. Ces préoccupations sont venues enrichir le champ de l’action en matière d’alimentation.

Pourtant, la transition alimentaire patine. Il y a là un paradoxe…

On assiste tout de même à une prise de conscience, résultat d’une meilleure connaissance scientifique, d’une visibilité de plus en plus grande d’activistes dans les médias, ou de celle de personnalités promouvant un régime végétarien ou plus végétal. Mais c’est vrai, elle n’a pas encore donné les résultats escomptés. On le constate à la lecture de certains chiffres. Prenez la consommation de viande, qui ne diminue pas ou quasi pas, voire se renforce comme en France. À la clé, un fossé entre conscientisation et réalité des consommations et des actions.