Sur les terres de la noisette française, dans le Lot-et-Garonne, pendant longtemps, c’était Unicoque ou rien. Alors Hugo et Julie Peloux ont fait comme les autres agriculteurs de cette région très agricole qui souhaitaient se lancer dans ce petit fruit à coque en vogue. En 2018, ils ont contacté la coopérative, la seule du secteur, établie à quelques kilomètres à peine de leur ferme, à Cancon. C’était encore la période du boom de la noisette française.

« On m’a indiqué que si je m’engageais avec eux, c’était pour une durée de 20 ans », se souvient Hugo, à peine la trentaine à l’époque. Le souvenir fait sourire ce grand gaillard grisonnant, en sweat-shirt gris. Amer, ce sourire. Assis derrière son bureau où s’entassent les documents, il secoue la tête : «Je me suis dit : il faut être fou pour faire ça!»

Le couple fera sans la coopérative, et en agriculture biologique, filière quasi inexistante chez Unicoque. Non sans mal. Lorsqu’il s’agit de trouver des plants de noisetiers à faire pousser sur leurs terres, où ondulent également les céréales et grandissent les pruniers, culture phare de cette région connue pour ses pruneaux d’Agen, l’ombre de la coopérative est également là. « Les pépiniéristes que j’ai appelés me demandaient tous si j’étais sous contrat avec Unicoque », raconte Hugo. Sans ce sésame, impossible d’acheter des plants pour ses 20 hectares de noisetiers. Il lui faudra remuer ciel et terre avant de dénicher un agriculteur-pépiniériste indépendant. Rebelote pour l’aide publique à la plantation, censée être versée par l’organisme d’État FranceAgriMer. Parce qu’ils ne sont pas membres de la coopérative, le couple passe à côté de ce subside de « 3.000 à 4.000 euros par hectare ». Un nouvel indice de l’emprise qu’exerçait alors Unicoque sur toute la filière.

Dès lors, le couple doit reporter des investissements, notamment dans l’irrigation, et « travailler encore plus». Le défi est majeur : commercialiser un fruit qui n’est quasiment pas cultivé en bio dans le pays, sans l’appui de la principale coopérative de la filière. À l’époque, la réaction de leurs voisins noisiculteurs, nombreux dans cette partie nord du département, est à la hauteur de la tâche qui attend Hugo et Julie Peloux : « Comment vas-tu faire pour commercialiser ta noisette?». Ou encore : « Ça ne marchera jamais!».