L’Horeca, accro aux jobistes
En 10 ans, le nombre de jobistes dans l’Horeca a triplé. Une normalisation du travail étudiant qui questionne : si le secteur offre une porte d’entrée rapide sur le marché du travail aux jeunes qui en ont besoin, cette population constitue une main-d’œuvre moins coûteuse, flexible et souvent victime d’abus.
Lorsqu’Estelle1 termine sa journée de cours dans une Haute École, elle se prépare à démarrer une deuxième journée. Direction le centre-ville de Bruxelles où elle est, en plus de ses études en communication, serveuse dans un bar : cinq heures en moyenne, trois « shifts » par semaine, souvent un soir et le week-end. Elle gère un carré de tables, prend les commandes, encaisse une clientèle en grande majorité touristique. « C’est physique de porter des plateaux remplis de verres, de monter et descendre les escaliers, de rester debout toute la soirée », raconte-t-elle des débuts qui l’ont laissée courbaturée. Elle s’y est faite depuis.
Sa situation est loin d’être isolée. La part des étudiant·es qui travaillent à côté de leurs études a explosé : +58 % entre 2017 et 2024, selon le Bureau fédéral du Plan2. En dix ans, le nombre de jobs étudiants dans le secteur de l’Horeca a presque triplé, passant de 79.654 en 2013 à 215.813 en 2024, selon une étude du centre Horeca Forma Be Pro3 basée sur les données de l’ONSS.
Cette progression répond à un double mouvement : des étudiant·es qui ont davantage besoin de travailler, et un secteur qui recourt de plus en plus à une main-d’œuvre moins coûteuse et plus flexible. Un basculement encore accentué depuis le Covid au détriment de l’emploi ordinaire.
Pour la plupart des jeunes que nous avons rencontré·es dans le cadre de cet article, l’Horeca fait donc office de première expérience professionnelle. Souvent, ils et elles n’ont aucune connaissance des spécificités du secteur et des droits qui en découlent. « L’Horeca, c’est facile : si tu es étudiante et que tu cherches du travail, tu es embauchée quasi directement, même sans expérience », résume Éva4, aujourd’hui âgée de 24 ans. La jeune femme a commencé à 17 ans « dans un restaurant près du domicile familial, dans le Brabant wallon ». Elle a accepté de travailler pour 7,60 € brut de l’heure au début de son contrat, en 2019, sans connaître le minimum légal qui était alors de 10,49 €.
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