Lorsque le journalisme me mène vers les métiers de l’élevage, je suis souvent confronté à, d’une part, une complexité administrative où il est parfois difficile de naviguer et, d’autre part, un métier extrêmement diversifié pour lequel j’ai un profond respect. Sans compter une grande part d’émotion, comme dans mes travaux sur le retour des loups en Wallonie ou sur la maladie de la langue bleue.

Ce nouveau dossier sur la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), et le risque que la maladie se déclare en Belgique, ne fait pas exception et j’en comprends les raisons : l’extrême tension dans le sud de la France, région dont je suis d’ailleurs originaire et où l’élevage occupe un rôle essentiel ; la crainte de voir son troupeau mis à mort, et un futur de plus en plus parasité par les maladies.

Mes rencontres m’ont également fait prendre conscience à quel point certaines éleveuses et éleveurs peuvent se sentir isolés, voire délaissés, notamment par leurs institutions. Au fil de mes échanges, j’ai perçu un décalage entre leurs demandes et les réponses qui leur sont apportées. Bien souvent, le cœur du problème ne réside pas tant dans le montant d’une aide ou d’une indemnisation que dans la perception d’un manque de considération.

DNC : en Belgique, le spectre d’un chaos
Enquête Élevage
DNC : en Belgique, le spectre d’un chaos
Dermatose nodulaire contagieuse


Ce double ressentiment s’exprime également par rapport à une société plus urbaine dont je fais partie. D’ailleurs, je reconnais une grande méconnaissance des métiers liés à la terre, bien qu’ils soient devenus une part sérieuse de mon travail. Combien de fois n’ai-je pas entendu dire, de la bouche de ceux et celles dont elle est toute la vie, que « personne n’en a rien à faire de l’agriculture » ?

Pourtant, mes différents reportages m’ont montré à quel point ces professions sont au fondement même de nos mondes et de nos futurs, pour des questions de qualité de l’alimentation, de souveraineté alimentaire. Sans parler du dérèglement climatique. 

En France, cet hiver, plusieurs médias ont observé que la crise sanitaire agricole s’est transformée en crise politique. Pour ma part, depuis que je suis amené à côtoyer ce milieu, je crois qu’elle est inévitablement politique. Et en tant que journaliste, un autre métier politique, je pense que c’est important de jeter des ponts entre les agriculteur·ices et les citoyennes et citoyens. Sans devoir attendre une crise pour en parler.