Assumer la mise à mort
Quelles images publier pour rendre compte de la vie dans un abattoir ? Jusqu’à la veille du bouclage de notre 25° numéro, nous avons hésité. Nous en avons débattu avec Gaëlle Henkens, photo-journaliste qui a couvert ce sujet. Finalement, nous en avons choisi trois, allant de l’évocation symbolique à la réalité la plus crue.
Ce choix éditorial invite à regarder, sans détour, ce que l’industrie agroalimentaire s’efforce de tenir hors champ : manger de la viande implique qu’un animal soit mis à mort.
Au cœur de ce numéro, vous pourrez donc lire le récit d’une journée avec un homme dont le métier — égorgeur — demeure invisible. Un mot qui suscite une réaction viscérale, tant il renvoie à la violence, au terrorisme. Mais il désigne aussi, depuis toujours, une manière de tuer des animaux destinés à l’alimentation humaine.
Pendant longtemps, cette réalité a fait partie du quotidien. De nombreux foyers du monde rural abattaient, dépeçaient et évidaient leurs propres animaux pour leur consommation personnelle. Dans les villes, les « tueries » jouxtaient boucheries et marchés, et le geste se déroulait sous les yeux de toutes et tous. Ce n’est qu’à partir du XIXe siècle, pour des raisons d’hygiène, d’urbanisation et d’évolution des sensibilités, que les abattoirs ont été repoussés vers les périphéries, soustrayant cet instant au regard collectif.
Cette mise à distance a créé un paradoxe. Aujourd’hui, nos sociétés consomment massivement de la viande, mais elles occultent les réalités concrètes de sa production. L’absence d’images endort les consciences, tandis que le marketing atténue la dissonance cognitive en présentant la viande comme un simple produit.
Claudy, lui, vit au cœur de ce réel. La mise à mort s’inscrit dans un cycle qu’il accepte sans l’édulcorer. Il connaît les fermes d’origine et veille à ce que les animaux soient traités avec le même soin jusqu’au dernier moment. Ses gestes sont rapides, précis, techniques ; ils n’excluent ni le respect ni l’attention portée au stress des bêtes.
Ce que nous vous racontons dans cet article, c’est cette maîtrise, mais aussi son attachement à un abattoir à taille humaine, ancré dans le circuit court, loin des logiques industrielles désincarnées.
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