« De bons accords de vente via des grands magasins ne sont pas, je trouve, à dédaigner »

Courrier des lecteurs – L’avis de Jean Delespesse

Lecteur et coopérateur de votre revue que j’apprécie, je réagis à votre article : Colruyt Group : déjà un zéro pointé.

Tout en étant entièrement d’accord avec vos analyses et dénonciations des agissements de Colruyt Group, j’émets des réserves sur une tendance à estimer que toutes les firmes de la grande distribution sont néfastes aux acteurs et actrices de l’agrobiologie, aux agriculteurs-trices, producteurs-trices dans leur ensemble. Et à opposer d’office le système économique de la grande distribution et les circuits courts.

Il peut y avoir des accords avec la grande distribution réellement favorables aux producteurs-trices, quand les négociants intermédiaires sont supprimés ou remplacés par des coopératives de commercialisation détenues par les producteurs-trices. Ou même, faits plus rares, quand des petites et moyennes surfaces pratiquent l’achat directement auprès des producteurs.

Des exemples :

  • Lors de la crise du lait, la Coopérative U, alors appelée Système U, a proposé aux producteurs-trices bretons (et sans doute ou peut-être dans d’autres régions de France, mais je l’ignore) une aide pour mettre en place leur propres coopératives laitières.
    Ce qui leur a permis de vendre leur lait à un prix nettement plus élevé qu’auparavant.
  • Je connais 2 producteurs locaux, l’un de miel, l’autre de viande de bœuf qui vendent (une partie) de leurs productions à bon prix en direct à des moyennes surfaces. Et qui s’en trouvent très bien.
    L’apiculteur au Delhaize de Jodoigne, l’éleveur à l’Intermarché de Genappe.
  • Aldi Suisse, qui a conclu des accords réellement win-win avec les réseaux de producteurs bio, permettant de rendre le bio plus accessible sans rogner sur les prix payés aux producteurs.

Les circuits courts sont bien évidemment des modes de commercialisation à encourager, développer. Notamment via les coopératives de commercialisation comme Paysans et artisans, qui soulagent les producteurs de devoir assurer un 2ème métier, celui de vendeur, qu’ils ne sont pas toujours en mesure d’assurer.

De bons accords de vente via des grands magasins ne sont pas, je trouve, à dédaigner, à écarter d’office. Qu’on le veuille ou non, les clients les fréquentent parce qu’ils y concentrent leurs achats alimentaires et non alimentaires, ce qui les dispensent de fréquenter plusieurs lieux. Une facilité pour certains, une (quasi) nécessité pour d’autres…


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J’écris à Tchak