Colruyt

Colruyt Group : déjà un zéro pointé

« En 2050, il faudra nourrir 10 milliards d’humains », assène Colruyt dans sa campagne de rentrée. Un défi de taille, s’exclame le groupe, qu’il est possible de relever grâce à une « agriculture durable, innovante et locale», que l’on retrouve aussi dans ses rayons. Une com’ qui s’écroule dès qu’on passe à la correction. Tchak a sorti son bic rouge :

  • Un récit fallacieux. Non, ce n’est pas la grande distribution qui nourrit la majorité des humains. Selon la FAO, les agricultures vivrières locales assurent à elles seules 70 à 80 % de l’alimentation mondiale. Par ailleurs, nous sommes déjà en surproduction alimentaire. Le problème, ce n’est donc pas la quantité, mais la répartition, le gaspillage et la mainmise d’une agro-industrie qui oriente les cultures vers les marchés internationaux.
  • Une définition détournée. Colruyt agite en filigrane la notion de souveraineté alimentaire. Or, celle-ci signifie le droit, pour les agriculteurs, les agricultrices, les peuples et les territoires à décider de ce qu’ils et elles produisent et pour qui. Pas de laisser Colruyt et les multinationales de l’agroalimentaire décider à leur place.
  • Un argument écologique biaisé. Pour Colruyt, l’écologie se résume à une formule : « les produits locaux parcourent moins de kilomètres ». Mais rien sur une agriculture gavée aux pesticides, aux engrais chimiques, au pétrole et aux serres chauffées. Une dépendance renforcée par la course aux prix toujours plus bas, le nombre d’intermédiaires et le gigantisme des réseaux logistiques.
  • Le mot « local » vidé de son sens. Colruyt use et abuse du terme. Et aligne au passage quelques visages : Steve Neven et ses pommes, Willem-Jan Coens et Henk Dewaele avec leurs patates. Ces fermiers souriants servent surtout de caution marketing. Pas un mot sur l’exigence de produits calibrés pour la logistique industrielle ni sur les prix payés ou les marges captées. La vraie question reste pourtant : les paysan·nes peuvent-iels vivre de leur travail ?
  • Un argument identitaire dangereux. Quand Colruyt se proclame « dernier grand distributeur 100 % belge », le local se transforme en argument patriotique. Un marketing inquiétant, qui joue sur la fibre identitaire et glisse vers le nationalisme économique. Exactement la même recette que l’extrême droite.
  • Une ambition démesurée. Colruyt se vante de produire et transformer au maximum en Belgique : du pain, du fromage, de la viande, du café, etc. Pas une ligne sur le fait que le groupe va plus loin encore, en achetant des centaines d’hectares de terres agricoles, faisant flamber leur prix, bloquant leur accès pour des jeunes. Un monde dans lequel agriculteur·ices et artisan·es (re)deviennent de simples vassaux et vassales.

Résumons. Derrière le vernis patriotique dont se pare Colruyt se cache une réalité sacrément moins flatteuse : une multinationale présente en Belgique, en France et au Luxembourg, cotée à la bourse de Bruxelles, valorisée à 4,5 milliards €, obsédée par la rentabilité, dépendante de filières hyperindustrielles et accaparant des terres agricoles.

C’était notre leçon de rentrée.

Billet d’humeur | Yves Raisiere, journaliste


Ce billet d’humeur a été publié dans une de nos infolettres de septembre. Pour la recevoir dans votre boite mail, c’est par ici ⤵️