Abattoir coopératif volailles Rhisnes
© Gaëlle Henkens

Au petit abattoir de Rhisnes, une mise à mort assumée

Clémence Dumont, journaliste chez Tchak, et Gaëlle Henkens, photo-journaliste free-lance, ont passé une journée avec Claudy, ouvrier au Petit abattoir coopératif de Rhisnes. Un grand reportage qui éclaire un paradoxe de notre système alimentaire : plus la production de viande s’industrialise, plus la mise à mort s’estompe. Dans cette petite infrastructure paysanne, le geste est, au contraire, assumé au grand jour.

Édito | Yves Raisiere, journaliste.

Quelles images publier pour rendre compte de la vie dans un abattoir ? Nous avons hésité jusqu’à la veille du bouclage du nouveau numéro de Tchak (printemps 26), en vente en librairie à partir du lundi 16 mars.

Finalement, nous en avons choisi trois, allant de l’évocation symbolique à la réalité plus crue. Pourquoi ce choix ? Parce qu’il invite à regarder sans détour ce que l’industrie agroalimentaire s’efforce de tenir hors champ : manger de la viande implique qu’un animal soit mis à mort.

Au cœur de ce 25° numéro, vous pourrez donc lire le récit de deux journées passées avec Claudy, un homme dont le métier – ouvrier d’abattoir – ne fait jamais la couverture du moindre magazine professionnel, tant il suscite une réaction viscérale.

Avant, les tueries jouxtaient les boucheries

Pendant longtemps, cette réalité a fait partie du quotidien. De nombreux foyers du monde rural abattaient, dépeçaient et évidaient leurs propres animaux pour leur consommation personnelle.

Dans les villes, les « tueries » jouxtaient boucheries et marchés, et le geste se déroulait sous les yeux de toutes et tous. Ce n’est qu’à partir du XIXe siècle, pour des raisons d’hygiène, d’urbanisation et d’évolution des sensibilités, que les abattoirs ont été repoussés vers les périphéries, soustrayant cet instant au regard collectif.

Cette mise à distance a créé un paradoxe. Aujourd’hui, notre société consomme massivement de la viande, mais elle occulte les réalités concrètes de sa production. L’absence d’images endort les consciences, tandis que le marketing atténue la dissonance cognitive en présentant la viande comme un simple produit.

Claudy, lui, vit au cœur de ce réel. La mise à mort s’inscrit dans un cycle qu’il accepte sans l’édulcorer. Il connaît les fermes d’origine et veille à ce que les animaux soient traités avec soin jusqu’au dernier moment. Ses gestes sont rapides, précis, techniques ; ils n’excluent ni le respect ni l’attention portée au stress des bêtes.

Ce que nous vous racontons aux pages 52 à 59 du nouveau numéro de Tchak, c’est cette maîtrise, mais aussi son attachement à un abattoir à taille humaine, ancré dans le circuit court, loin des logiques industrielles désincarnées.