Petit abattoir coopératif de Rhisnes. © Gaëlle Henkens.

Petit abattoir de volailles : à Rhisnes, une journée avec Claudy

Chaque semaine, Claudy tue à la main des centaines de volailles. « Si on veut manger de bons poulets paysans, il faut bien que quelqu’un s’en charge », argue, la conscience tranquille mais pas indifférent, celui qui est devenu égorgeur au Petit abattoir coopératif de Rhisnes. Rencontre et reportage au coeur d’un outil logistique indispensable à la filière paysanne.

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Clémence Dumont, journaliste
Gaëlle Henkens, photographe

Coincé au croisement de la N4 et de la E42, le parc d’activité économique de Namur-Nord-Rhisnes vit au son des moteurs. Mais en ce froid mercredi de janvier, l’habituel ballet n’a pas encore commencé. Il est 6h30 du matin et, alors que les quelques lampadaires allumés peinent à faire croire que l’aube se prépare, c’est le chant d’un coq qui sort le site industriel de sa torpeur.

Dans le préau du Petit abattoir coopératif, quelque 600 bêtes à plumes et à bec viennent de passer la nuit à l’intérieur des caisses déposées la veille par leurs éleveurs et éleveuses. Trois poules à la robe brun clair sont parvenues à ouvrir leur trappe, mais elles n’ont guère le goût de l’aventure : elles patientent sagement posées sur leur cage en plastique.

Tandis qu’un deuxième coq s’éveille, les poules de races variées se mettent progressivement à glousser, offrant au zoning une curieuse atmosphère de campagne. À quel moment sauront-elles qu’elles vivent leur dernier matin ? Soudain, le vrombissement d’un compresseur et le bouillonnement d’un bain d’eau signalent que l’heure approche : la chaîne d’abattage qui jouxte la cour se met en branle.

Dans un vestiaire attenant à l’abattoir proprement dit, Claudy enfile un pantalon blanc, une blouse blanche, des bottes blanches et un tablier blanc. Pas besoin de charlotte sur la tête : son crâne rasé l’en dispense. Le gant en maille métallique qu’il ajuste ensuite sur sa main gauche avant de mettre une paire de gants en plastique trahit le rôle qu’il s’apprête à endosser : tueur.

« Est-ce que mon métier me donne des cauchemars ? Non, jamais, répond du tac au tac l’homme de 48 ans. Je permets aux gens de manger de bons poulets à croissance lente. Si on veut de la viande correcte, il faut bien que quelqu’un tue. Je sais que je le fais avec respect. »