L’information a fait la une de toute la presse en ligne ce lundi 30 mars. Un an après l’appel de la Commission européenne à se constituer un kit de survie, Colruyt concrétise l’idée. Dès demain, ses client·es pourront s’en procurer un pour 30 €. À un jour du premier avril, laisser croire qu’il suffirait de se réfugier avec une lampe torche, deux rouleaux de papier toilette et trois boîtes de thon pour s’en sortir en cas de crise majeure relève d’un sacré poisson (*). On vous explique pourquoi.
Humeur | Yves Raisiere, journaliste
Initialement publié en mars 25 | Mis à jour le 30/03/26
On le sait depuis la Covid, la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine et le blocage du canal de Suez. On le voit aujourd’hui avec les conséquences de la guerre au Moyen-Orient. On le devine demain, avec les impacts du dérèglement climatique et de l’effondrement de la biodiversité : la vraie survie ne se prépare pasvia desachats compulsifs de kits en grande surface.
Sur le fond, pareil conseil tient du bâton pour se faire battre, tant notre système alimentaire est ultra-dépendant du circuit long, premier fragilisé par les dysfonctionnements de notre économie mondialisée. Exemple avec l’agriculture intensive et ses importations massives d’engrais azotés et phosphatés provenant des quatre coins du monde ; ou encore l’industrie agroalimentaire, avec ses intermédiaires, ses entrepôts géants à réfrigérer, ses flottes de bateaux et de camions.
Quant à l’idée même d’un kit, elle repose sur une logique de repli sur soi : se cacher, faire des provisions et attendre que le monde redémarre. Le problème? Une réserve, ça s’épuise. A terme, cette loi universelle fait de vous et de chacune de vos voisines et de vos voisins un·e adversaire prêt·e à vous piquer vos vivres.
Enfin, sur le plan symbolique, cette histoire de kit trahit un paradoxe: dire aux gens de se planquer et de ne rien faire en attendant d’éventuels secours, n’est-ce pas les pousser à une forme de dépendance? Plutôt cocasse, alors que les partis au pouvoir dénoncent toute forme d’assistanat.

Le collectif plutôt que le bunker
Que faire alors ? Chez Tchak, on vous propose un vrai kit d’espoir et d’émancipation. Pas de pseudo-cassoulet en boîte dans celui-ci, pas de recours aux multinationales. Plutôt de la farine locale, des légumineuses, des semences reproductibles, celles qui ne meurent pas après un round.
Oubliez la lampe torche : une bêche, une houe et un râteau sont plus utiles pour cultiver. Au pire, vous pourrez même vous en servir pour taper sur votre voisin·e.
Et puis, surtout, dites-vous bien que se terrer, c’est un plan foireux. C’est la vieille école, la promesse de famines, alors qu’à l’inverse, un territoire qui se nourrit par lui-même ne craint pas les ruptures de stock.
Bref, testez le collectif plutôt que le bunker. Rejoignez les coopératives alimentaires, poussez les portes des magasins dans les fermes, des vraies épiceries de quartier et des groupes d’achats solidaires de l’agriculture paysanne.
Le circuit court, c’est un accès direct à des aliments frais et variés, du lien social, une solidarité avec les régions et les pays voisins, une invitation à s’ouvrir aux autres. La promesse d’un système robuste qui tient debout.
Et dans un système qui tient debout, la paix a toujours plus de chance de prospérer.
(*) On a vérifié auprès de Colruyt ce lundi en fin de journée : ce n’est pas un poisson d’avril.















