Cinq heures du matin. Jacques Anciaux consulte son smartphone pour savoir s’il est temps de se lever pour aller pulvériser ses champs. Une appli connectée à des sondes météo mutualisées sur le territoire lui transmet en direct les relevés de ses champs. « J’en ai marre des pulvérisations, il faut se lever de plus en plus tôt pour avoir la rosée et pas de vent, déplore l’agriculteur. Une année, j’ai raté mes désherbages en betterave. Mon père ne s’est jamais levé à 5 heures du matin pour pulvériser. Il s’occupait d’abord des bêtes puis il allait au champ. »

Les questionnements sont quotidiens. Le Héronnais estime que les mesurettes prises par les gouvernements ne font pas le poids face aux bouleversements météorologiques déjà à l’œuvre. À 62 ans, Jacques Anciaux s’inquiète de la direction prise par le monde. Alors, il se replie volontiers sur son métier et son territoire, qui le font vivre. Ce retour à la terre n’a rien d’une résignation. C’est là, dans ses champs, que Jacques Anciaux a engagé sa propre transition. Il n’a plus labouré ses sols depuis 20 ans. Les heures gagnées en hiver, il les a reportées après la moisson, période consacrée à la restructuration des sols par fissuration. Fissurer plutôt que retourner le sol, c’est son tournant !

Avant de continuer, accordez-moi une petite minute technique. Elle en dit long sur la persévérance de Jacques Anciaux et sur sa volonté de faire évoluer ses pratiques. La fissuration consiste à faire passer des dents métalliques dans le sol afin de le fendre. À la différence du labour, elle en préserve les différentes couches tout en facilitant la circulation de l’eau, de l’air et des racines. Après 20 années de fissuration horizontale à 30 cm de profondeur par des dents munies d’ailettes latérales, le Héronnais se dirige progressivement vers une fissuration mécanique verticale, par des dents sans ailettes. La raison ? Selon lui, des fissures verticales accompagnent mieux la descente naturelle des racines.

Refermons la parenthèse. À l’échelle de sa ferme, Jacques Anciaux diminue également ses intrants – fuel, engrais, produits phytosanitaires – là où c’est possible. Pas de certification bio. Ici, c’est ce que certains appellent de l’agriculture régénérative. « En céréales et en betterave, je diminue de moitié les fongicides, explique l’agriculteur. En féverole, tournesol, colza et froment, je parviens à me passer des insecticides. Pour les herbicides, c’est plus compliqué. En colza, l’an dernier, j’ai réussi à me passer d’un des deux passages. Mais dans les cultures sous contrat comme le lin et le pois, je dois respecter leur cahier des charges, je ne peux pas diminuer les traitements. »