Avant la publication de notre enquête sur le marketing des fabricants de lait infantile (numéro 24, hiver 2025-2026), Tchak a reçu une quinzaine de témoignages. Ils émanaient de femmes uniquement. Après la sortie du numéro, d’autres témoignages nous sont encore parvenus. En voici quelques extraits.

« Si vous prenez cette marque, c’est gratuit »

« J’ai commencé à donner du lait infantile à mon bébé à ses 4 mois. Mon choix s’est porté sur la marque Nan Optipro de Nestlé. Pourquoi cette marque ? Pour une raison très simple :  la crèche. Mon bébé allait entrer en crèche, et celle-ci proposait de lui donner des biberons soit avec du lait maternel – mais je n’arrivais pas à tirer de lait, donc cette option n’était malheureusement pas possible pour moi –, soit avec du lait infantile. On m’a dit : si vous prenez cette marque, c’est gratuit. Si vous voulez une autre marque, vous devez l’acheter et l’apporter. À ce stade de mon existence, j’étais fatiguée et toute facilitation de notre vie de jeunes parents était bonne à prendre. »

« On m’a conseillé d’arrêter d’allaiter »

« Je suis maman de deux petits de 9 mois et de 3 ans, que j’allaite encore actuellement tous les deux. J’ai rencontré des pédiatres, des gynécologues, des médecins et des pharmaciens qui m’ont conseillé d’arrêter d’allaiter et de passer au lait en poudre, pour la moindre raison :  un enfant qui a le muguet ou une autre maladie, le grand qui volerait les nutriments de la petite, l’allaitement et la grossesse qui ne seraient pas compatibles et autres idées fausses. Je ne les ai jamais écoutés. »

Laits infantiles : les pédiatres, une profession biberonnée au marketing
Enquête Enfance
Laits infantiles : les pédiatres, une profession biberonnée au marketing
Collage avec des images publicitaires montrant un bébé avec un stéthoscope et des boîtes de lait.

« J’ai été trop mise sous pression »

« Dans mon cas, je trouve que j’ai été trop mise sous pression pour allaiter, et quand cela n’a pas été possible pour des raisons médicales, l’impact psychologique a été très rude. Je me suis acharnée et cela a fini par 6 semaines de mastite, un abcès de 5 cm et de nombreux rendez-vous à la clinique du sein. Je pense que la raison de l’échec de l’allaitement doit être davantage recherchée dans la façon dont on traite les femmes. La société pousse à se mettre en couple, faire des enfants. On travaille à temps plein, si on accouche trop tôt, on accouche après une journée de 8 h, on est déjà épuisée avant d’accueillir son enfant. La société ne permet pas de faire le chemin vers la parentalité de manière sereine. On ne sait pas si on aura une place en crèche et si on arrivera à payer son loyer/emprunt si on ne trouve pas de place. On doit reprendre le travail après 3 mois. Les accouchements sont ultra-médicalisés et il n’y a pas de place pour l’aspect naturel/psychologique. »

« Une impression d’opacité »

« Comme mon bébé ne prenait pas assez de poids, nous avons dû nous résoudre à acheter du lait Infatrini en poudre de Nutricia, avec une autre poudre pour épaissir et éviter le reflux. C’est un lait spécialement conçu pour enfants en retard de croissance, conseillé par la pédiatre. On se sent obligé vu qu’on veut le meilleur pour notre enfant et qu’on ne va pas aller contre les conseils d’un médecin. C’est la seule option qu’on nous a présentée. Or ce lait est très cher : 25 euros les 400 g ; et il n’est pas remboursé par la mutuelle. En plus, j’ai essayé de le scanner sur l’application Yuka [qui permet de décrypter la composition d’un produit, NDLR], mais ça ne marche pas pour les laits infantiles. C’est stressant car cela donne une impression d’opacité. Après plusieurs mois, nous sommes passés au Nutrilon anti-reflux, de nouveau sur les conseils de la pédiatre. Dès qu’on a pu, on a changé pour le lait Hipp, qui est l’un des rares laits bio en poudre, et qui me donnait enfin l’impression de reprendre la main sur l’alimentation de mon bébé. Mais lui non plus n’est pas scannable sur l’appli Yuka. »

Laits infantiles : éviter le piège des injonctions
Humeur Enfance
Laits infantiles : éviter le piège des injonctions
Deux pieds de bébés en noir et blanc, avec les logos de Tchak et du Ligueur.

« Le plus compliqué a été la crèche »

« J’ai allaité mon premier enfant jusque 2 ans et demi et je suis maintenant maman d’un deuxième enfant de bientôt 1 an, que j’allaite toujours. Ce que j’ai trouvé le plus compliqué à gérer a été la pression de la crèche. Les débuts de ma fille y ont été difficiles. La raison exprimée par les puéricultrices, mais surtout par la direction, était le fait que c’était un bébé allaité. »

« On est rempli de doutes »

« Mon pédiatre préconise de passer au biberon car le fait d’allaiter, selon lui et d’autres sources que j’ai pu entendre, entraîne un sommeil coupé la nuit. C’est très dur d’entendre ce genre de choses, surtout lorsque la fatigue est très forte. On est rempli de doutes. Cela nous a poussés à tenter le lait infantile en début de nuit. Cela n’a rien donné, et nous sommes repassés à l’allaitement. »

« Personne ne le dit »

« Allaiter, au départ, c’est deux semaines où on ne dort pas. C’est deux semaines où on a mal. Après, oui. Après, c’est le bonheur, d’avoir du lait tout prêt, toujours sur soi. C’est un plaisir, c’est un lien incroyable. Tout ça, tout ce qu’on lit, c’est vrai. Mais il faut d’abord passer par cette épreuve de désensibilisation, et ça, PERSONNE ne le dit. Et c’est souvent à ce moment-là que l’on rencontre des problèmes comme les mastites ou, comme moi, une mycose. »