« Avez-vous trouvé beaucoup d’autres personnes prêtes à témoigner ? » Toutes les personnes que nous avons rencontrées, et qui soupçonnaient un lien entre leur pathologie et leur exposition professionnelle, nous ont posé cette question. La plupart ont quelque chose à raconter, un doute, une maladie, un parcours jalonné d’expositions à des produits dont ils ignorent souvent la composition. Mais rares sont ceux qui acceptent de témoigner à visage découvert ; beaucoup ne se confient qu’une fois certains de ne pas être seuls. Sans reconnaissance officielle, la crainte de ne pas être légitime s’installe, et avec elle un silence.

Dans le nord de la Belgique, après avoir traversé des champs de pommes de terre, des serres et des élevages porcins de Flandre occidentale, nous rencontrons Marc, 64 ans, ancien horticulteur atteint de Parkinson, une pathologie reconnue en France, en Italie, en Allemagne et au Québec, comme pouvant être provoquée par les pesticides.

En 1977, il a 16 ans quand il se met à travailler dans l’exploitation mixte horticole et d’élevage de ses parents. Huit ans plus tard, il se lance comme horticulteur indépendant. « À l’époque, nous préparions nous-mêmes les mélanges et respirions les vapeurs. Quand j’utilisais ces produits, j’avais parfois des réactions cutanées. J’allais alors chez le médecin. Il me faisait une injection et je continuais à travailler. » Durant sa carrière, Marc a manipulé, quotidiennement, des produits aujourd’hui classés cancérogènes et neurotoxiques, dont trois organophosphorés (le Dursban, le Fosdrin, le Pychlorex).

En 2014, les conséquences sont sans appel : « Lors de la première consultation, le diagnostic de Parkinson a été évoqué, mais je ne l’ai pas cru. Ce n’est qu’au troisième spécialiste que j’ai commencé à réaliser la situation. J’avais 52 ans. »