C’était en 2013, à Londres. Devant quelques caméras et un parterre d’invités, Mark Post, scientifique néerlandais, semblait un peu mal à l’aise dans ce décorum de show télé. Debout, derrière une cloche en inox, il annonçait une « première mondiale » devant une foule joviale.

Puis il leva le couvercle. Le public découvrait alors un petit steak haché, pas plus épais qu’une semelle de basket, un peu orangé et suintant. « Ce que nous essayons de faire est une percée technologique qui pourrait complètement changer la façon dont nous produisons de la viande », s’était alors enthousiasmé Mark Post. Car ce steak, ce n’était pas n’importe quel bout de viande. Il s’agissait du tout premier steak de laboratoire, cultivé « en dehors de la vache », affirmait le scientifique, donc sans tuer d’animal. La presse du monde en entier s’était alors ruée sur cette véritable prouesse. Une révolution alimentaire et anthropologique.

Grâce à cette technologie, on nous promettait alors de produire des tonnes de « viande » et, ainsi, de faire baisser les émissions de gaz à effet de serre liées à l’élevage. L’horizon était celui de grands espaces rendus à la nature et à la production agroécologique, tout en réduisant les pollutions, les maladies cardio-vasculaires et en mettant un terme à la souffrance animale. Le steak allait sauver l’humanité et les animaux. Telle était la promesse. Pourtant, dès l’annonce en grande pompe de Mark Post, des « trouble-fêtes » se sont inquiétés. Beaucoup n’ont jamais adhéré à l’enthousiasme du scientifique néerlandais. On les trouve surtout du côté du monde agricole. La coordination européenne Via Campesina, voit en ces « protéines de laboratoire », qu’elle n’appelle donc pas « viande », une « menace contre l’élevage et la souveraineté alimentaire ». Les mêmes craintes sont exprimées à la Fédération Wallonne des agriculteurs (FWA), où Thomas Demonty confirme que son organisation n’est « pas favorable au développement de ces alternatives à la viande dont on ne sait rien des qualités nutritives et qui font courir un risque au tissu économique et social rural ».

En 2013, Mark Post prédisait une mise sur le marché de son steak futuriste, grâce son entreprise Mosa Meat, basée aux Pays-Bas « dans les dix ans maximum ». Douze ans plus tard, la révolution attendue n’a pas eu lieu, ou, en tout cas, elle se fait attendre. On ne trouve pas de steak haché Mosa Meat sur nos étals européens, ni aucune viande « cellulaire » cultivée en laboratoire. Seule l’entreprise tchèque « Bene meat » a obtenu une autorisation de mise sur le marché par l’Union européenne, en novembre 2023, pour son produit à destination des chiens et des chats.