Fermes collectives et partagées
Dans le Namurois, la ferme partagée des Arondes a vu le jour voici deux ans. © Ferme les Arondes

Fermes collectives et partagées: cinq journées et des rencontres

De septembre à décembre, cinq rencontres gratuites vous ouvrent les portes de fermes collectives et partagées. Vous pourrez y découvrir comment elles réinventent le métier d’agriculteur·ice : mutualisation des moyens, force du groupe, nouveaux défis… Une occasion unique d’explorer concrètement un modèle en plein essor.

Christelle Barboni, vous travaillez au Collège des producteurs. Pourquoi un cycle de rencontres sur ce modèle des fermes collectives/partagées ?

La coopération et la mutualisation ont toujours existé au sein des exploitations familiales et entre exploitations. Elles peuvent concerner la production agricole, mais aussi la commercialisation, le matériel, les infrastructures et bien d’autres choses encore.

Le modèle des fermes collectives/partagées quant à lui est encore récent, il date probablement de 15-20 ans. Aujourd’hui, les souhaits de se lancer se multiplient, mais les porteur·euses de projet rencontrent des difficultés pour trouver des solutions adaptées en termes de formation, conseil juridique ou autre encore.

Ces rencontres sont une invitation à découvrir 5 fermes collectives/partagées réparties sur le territoire wallon, et à explorer cette autre approche du métier d’agriculteur, comme une option pour relever les défis du métier et, ce faisant, encourager les jeunes issu·es et non issu·es du milieu agricole à devenir agriculteurs et agricultrices.

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Pourquoi cette différence de qualificatif entre collective et partagée ? Sur le terrain, quelle sont les différences ?

Les fermes collectives/partagées sont communément définies par le fait que plusieurs personnes qui ne sont pas (toutes) issues de la même famille collaborent pour répondre à des besoins socio-économiques. Par exemple améliorer les conditions de travail et la viabilité économique, relever les défis techniques liés aux changements climatiques et/ou écologiques au sein d’une même ferme. Leur finalité première n’est pas, contrairement à d’autres formes d’association, de maximiser le profit et le capital.

Sur les fermes collectives, l’entièreté de la production est portée collectivement. C’est par exemple, trois maraichers, qui se mettent ensemble pour travailler la même terre. En général, sur ces fermes tout est mutualisé : les investissements, les voies de commercialisation, le revenu, l’administratif, le travail, la logistique, etc.

Sur les fermes partagées, les agriculteurs et agricultrices ont chacun, chacune, leur propre activité agricole. L’un a de l’élevage, un autre du maraichage, un autre encore une boulangerie, etc. Ils collaborent via des mécanismes d’entraides et de mutualisation. Par exemple, ils vont avoir un magasin à la ferme partagé, ou s’entraider pour se remplacer les weekends, investir dans un tracteur commun, favoriser des synergies biologiques, etc.

La réalité est un continuum entre ces deux modèles, décrits ici de manière stéréotypée. Aller plus vers un modèle ou un autre a des répercussions sur les enjeux de viabilité économique, de niveau d’indépendance/collaboration, etc.

Combien de fermes partagées et collectives y a-t-il en Wallonie et sur Bruxelles ?  

On manque de recherches sur le sujet, on n’a donc pas de chiffre exact à donner. Aujourd’hui, nous connaissons nous-mêmes une grosse trentaine de projets en Région wallonne et sur Bruxelles, qui s’inscrivent dans des mouvements d’agroécologie et de l’économie sociale. Mais on continue à en découvrir régulièrement.

En outre, il existe de nombreux projets qui ne s’identifient pas explicitement aux fermes partagées/collectives, mais qui, dans la réalité, correspondent tout à fait à la définition. S’y ajoutent également des espaces test qui pensent se transformer petit à petit en fermes partagées, pour que celles et ceux qui arrivent à faire décoller leur projet sur l’espace test puissent y rester.

Peut-être est-on à une centaine de projets au total ? Sans compter bien sûr les projets de tiers-lieux et autres projets collectifs où on retrouve de la production agricole, mais où celle-ci n’est qu’un complément à d’autres activités non nourricières.

Ces modèles tiennent-ils vraiment mieux la route sur le plan économique, et au niveau de la rémunération des agriculteur·ices ? Si oui, quels sont les éléments qui permettent de le conclure ?

Le modèle des fermes collectives/partagées étant émergent, il n’y a pas encore de données sur leur viabilité économique. On peut observer que certaines arrivent à des résultats intéressants au niveau économique. D’autres en revanche ne parviennent pas à relever certains défis et sortent du modèle collectif. C’est précisément le thème de discussion de la seconde de ces rencontres.

Quels seront les moments forts de ces journées ?  

Chaque rencontre a été pensée pour être riche dans la diversité des points de vue qui seront partagés. Il y aura à chaque fois un témoignage d’une ferme collective/partagée qui nous accueille. Celui-ci sera suivi d’un débat sur la thématique du jour, avec des regards de producteurs et productrices, conseillers agricoles, et scientifiques. Ces réflexions et échanges seront enrichis par la diversité des profils des participant·es : étudiants et étudiantes, (jeunes) agriculteurs et agricultrices, porteur·euses de projet, acteurs et actrices du secteur agricole et rural, personnes issues et non issues du milieu agricole.

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Qui sont les organisateur·ices de ces journées rencontre?

Ces rencontres sont organisées par le Collège des Producteurs, avec l’appui de SAW-B, dans le cadre du Réseau wallon de la Politique Agricole Commune (PAC)

La mission de ce dernier est de catalyser le développement économique, social et environnemental des zones rurales en Wallonie, par le partage de connaissances et d’innovations, le soutien aux pratiques durables, et la facilitation de la co-création entre acteurs agricoles et ruraux.

Le Collège des Producteurs est le lien entre les producteur·ices, les pouvoirs publics et les acteurs des filières. Il a mené plusieurs analyses sur les groupements de producteurs et le renouvellement des générations.

SAW-B (Solidarité des Alternatives Wallonnes et Bruxelloises) est une agence conseil en économie sociale et organisme d’éducation permanente. Elle a fait une première étude pionnière sur le sujet en 2021, propose depuis une formation de 2 jours sur le sujet où une centaine de personnes se sont déjà formées. Elle accompagne également de nombreuses fermes partagées/collectives.

Y.R.

➡️ La première journée rencontre aura lieu le mercredi 24 septembre. Toutes les infos ici.