Pêche : le « flyshooter », un prédateur sans égal
Le lion, le requin blanc, l’aigle, l’anaconda géant. Les deux premiers dévorent, le troisième déchiquette, le quatrième avale tout cru. Ils ont pourtant un point commun : leur place au sommet de la chaîne alimentaire, raison pour laquelle ils sont considérés comme des superprédateurs. Dans ce numéro, c'est d’une nouvelle espèce dont on vous parle : les flyshooters.
Coûtant plus d’un million d’euros, ces bateaux actifs en mer du Nord sont capables de remonter des filets nassant des kilomètres carrés d’eau. Des engins de pêche dévastateurs pour les stocks de poissons, dans lesquels Néerlandais et Français ont pourtant investi massivement.
En toile de fond de notre enquête, la marchandisation de la vie marine et son corollaire, l’industrialisation de la pêche. Même trajectoire que dans le monde agricole, même phénomène de concentration : en vingt ans, plus de la moitié des bateaux belges ont disparu. Ceux qui restent, toujours plus gros et plus puissants, se livrent une bataille féroce, sous le regard cupide des multinationales de l’agroalimentaire et de la grande distribution, elles-mêmes en passe d’être phagocytées par les titans du numérique que sont Google, Amazon et compagnie.
C’est pourtant faire injure aux superprédateurs du règne animal que de les comparer à ceux de notre village global. En prélevant uniquement leur part - celle qui est indispensable à leur vie -, les premiers jouent un rôle essentiel dans la régulation des espèces. En prenant la planète pour un plateau de Monopoly géant, les seconds participent au pillage des ressources naturelles et des fonds publics, empêchant la restauration des écosystèmes et le soutien massif à une refonte de notre société.
Prédation par le monopole, prédation par l’ultraconcurrence, la fraude fiscale et le blanchiment, par la chimie et par la technologie, ou encore par le greenwashing… Une vampirisation que Tchak dissèque depuis vingt numéros, preuve que répéter l’énoncé ne règle pas le problème. Le modèle intensif ne cesse de prospérer, les marchés d’engranger une quantité délirante de capitaux, et il a suffi d’instrumentaliser quelques manifestations pour freiner des politiques qui annonçaient enfin une rupture.
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