Farm or die
Du 27 au 30 août, quatre fermes paysannes accueilleront concerts, débats et rencontres à l’occasion de la deuxième édition de Farm or Die. © Thierry Dupièreux.

Festival Farm or Die : « Faire des concerts dans une ferme, ça a du sens »

Du 27 au 30 août, quatre fermes paysannes accueilleront concerts, débats et rencontres à l’occasion de la deuxième édition de Farm or Die (*). Un festival itinérant qui fait dialoguer rock, agroécologie et luttes paysannes au cœur des campagnes. Maxime Melon, éleveur de bovins et musicien, revient sur la naissance de cette aventure. Interview.

Entretien | Pétula Marquet, journaliste (st. Ihecs)
Photos | Thierry Dupièreux

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Maxime Melon, comment est née l’idée de ce festival Farm or Die ?

Je suis éleveur de bovins dans une petite ferme bio, axée sur les valeurs de l’agroécologie. L’année passée, avec mon groupe de rock La Marmite et d’autres groupes sympathisants de la cause paysanne, on s’est dit qu’on ferait bien une tournée régionale. Comme je ne recule devant aucune idée farfelue, je me suis dit : « Tiens, si on faisait plus de 200 kilomètres en tracteur, de ferme en ferme, pendant quatre jours, en montant et démontant chaque jour la sono et toute l’installation ? » On a aménagé un chariot à foin en scène, puis on a contacté quelques fermes paysannes de notre réseau pour leur proposer un petit festival clé en main. Le but, c’est de leur permettre d’organiser un événement pour faire découvrir la vie à la ferme, les pratiques inspirantes, mais aussi les difficultés qu’elles rencontrent et les luttes dans lesquelles on peut s’engager.

Pourquoi ce nom, Farm or Die ?

C’est un peu l’idée de « vivre libre ou mourir ». Pour nous, les fermes paysannes sont un lieu de résistance essentiel à la survie de notre société. D’abord parce qu’elles portent un modèle agricole indispensable à l’habitabilité de la planète. Mais il y a aussi une lutte sociale. Il ne suffit pas de faire une agriculture écologique, biologique ou de conservation des sols si elle ne s’inscrit pas dans un modèle solidaire. On pourrait faire une agriculture neutre en carbone, mais complètement dévastatrice sur le plan social, parce qu’elle reposerait sur une spéculation mortifère ou sur des accaparements colonialistes. Toutes ces dimensions se rejoignent dans les luttes paysannes.

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Pourquoi lier musique et monde paysan ?

Pour moi, c’est une évidence. J’ai toujours fait le grand écart entre ces deux activités. Ma ferme a toujours été très imprégnée de musique et d’activités culturelles. Avec La Marmite, on fait du rock. On a joué dans différents lieux de vie inspirants, en Belgique, en Suisse ou en France, par exemple lors de la mobilisation contre les mégabassines. On utilise la musique pour créer une dynamique joyeusement contestataire autour des problématiques qui nous interpellent : les questions sociales liées à l’emploi, à l’organisation du travail, à la santé publique, à la qualité de l’eau ou encore au climat.

Vous avez choisi de faire étape dans des fermes plutôt que dans des lieux culturels plus classiques… Pourquoi ?

Les fermes sont des lieux de vie. L’année dernière, les concerts ont rassemblé environ 200 personnes chaque soir. Des jeunes du public nous ont dit : « C’est formidable, parce que ça a du sens. Aller voir un concert dans une salle de spectacle, ça n’a pas la même saveur, pas la même fonction. » Jouer de la musique comme un luxe culturel, comme quelque chose de neutre, c’est autre chose. Là, on est vraiment ancrés au plus près de la réalité des gens. On joue dans leurs étables, avec les animaux pas loin. Chaque ferme propose aussi un petit camping où les gens peuvent planter leur tente et poursuivre la tournée. Le festival peut se vivre le temps d’une journée ou se suivre de ferme en ferme pendant quatre jours.

Au-delà des concerts, qu’espérez-vous faire naître entre les fermes et le public ?

On veut créer du lien entre les paysans, mais aussi entre les fermes et les consommateurs. Faire naître une dynamique collective, de la synergie, c’est essentiel, dans les fermes comme ailleurs. Mais il n’y a pas de calcul. C’est avant tout une fête de fin d’été. Symboliquement, c’est aussi la fin des moissons, la fin d’un cycle. La convivialité prime, même si chaque ferme présentera sa réalité et mettra peut-être en lumière des difficultés spécifiques.

Comment ont été choisies les fermes ?

On travaille avec des fermes avec lesquelles on peut construire un événement. Le but, pour la ferme qui nous accueille, est que le festival soit une plus-value. Par exemple, la Bergerie de la Scaye, à Oignies-en-Thiérache, profite de la tournée pour organiser une journée ferme ouverte avec un marché de producteurs locaux, tout en nous confiant la programmation artistique. Chaque ferme gère son bar, sa restauration, ses visites et la présentation de ses produits. Il nous semble essentiel que le festival s’intègre au lieu qui nous accueille, et non que le lieu se fasse coloniser ou envahir par le festival. La programmation est discutée avec chaque ferme.

Le festival fonctionne au prix libre. Pourquoi ce choix ?

Les groupes jouent bénévolement ou, en tout cas, pour un défraiement dérisoire. Tout notre réseau fonctionne sur cette culture du prix libre. On trouve ça plutôt chouette quand ça fonctionne. La convivialité et la fête sont de bons vecteurs de cohésion sociale, de partage de valeurs et de dynamique solidaire. 

À quel public vous adressez-vous ?

Le festival est assez transgénérationnel. Il y a des rockers comme moi, des jeunes qui font du rap et d’autres qui font des sets technos. Ça permet de mélanger des publics rassemblés autour d’un même fil conducteur : les luttes paysannes. Certains viendront pour un groupe, sans être forcément sensibilisés à l’univers de la paysannerie. À l’inverse, d’autres, plus militants au départ, découvriront des artistes qu’ils ne seraient probablement jamais allés écouter sans ce contexte.

Cet été est marqué par des épisodes de chaleur et de sécheresse qui fragilisent de nombreuses exploitations agricoles. Ce contexte renforce-t-il le sens de votre démarche ?

Ces questions sont, pour nous, paysans, déjà une évidence. On est relativement clairvoyants face au dérèglement climatique, parce qu’on le voit et qu’on le vit dans nos fermes. Bien sûr, cela ne fait que renforcer la légitimité des démarches agroécologiques. Le modèle paysan mis à l’honneur dans ce festival fait partie des solutions pour résister au dérèglement climatique.

Pensez-vous que le concept puisse essaimer ?

En tout cas, ce qui est ressorti de la première édition, c’est qu’on tient peut-être un concept qui pourrait s’exporter et être repris ailleurs. On pourrait l’adapter à de petites tournées locales ou à des événements plus ponctuels : des rassemblements, des manifestations, des fêtes paysannes. Ce serait chouette qu’il y ait des petits Farm or Die un peu partout, dans différentes régions.

Un mot sur le programme de cette année ?

Il y en a pour toutes les oreilles. On a de la chanson française, des DJ techno, électro, des groupes rock, punk, musette. Ce sont des groupes qui sont pour la plupart relativement engagés de manière assez frontale. Le festival ne cache pas son positionnement.

(*) Le festival Farm or Die a lieu en collaboration avec le Réseau de Soutien à l’Agriculture Paysanne (ReSAP), Terre en vue, les Brigades d’Action Paysanne ou encore la Fabriek Paysanne. Au programme également : débats, stands associatifs, spectacles de jonglerie, contes, sérigraphie en live… 

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