Redécouvrir le plaisir de manger des aliments nourrissants et goûteux, pouvoir offrir des produits de qualité à ses proches ou encore reconquérir des savoirs culinaires perdus : c’est ce qu’a permis une expérimentation inédite et solidaire visant à garantir le droit à l’alimentation de personnes précarisées dans le Namurois.
Sang-Sang Wu
De mars 2024 à septembre 2025, une vaste recherche participative intitulée Le Pouvoir des Vivres a été menée dans la région de Namur. Son but était de donner accès aux produits issus du circuit court à des personnes en situation de précarité. Il s’agit d’une forme de solidarité alimentaire alternative à la charité, via l’octroi d’une carte de réduction dans les magasins de la coopérative Paysans-Artisans. De cette expérimentation est née une étude rédigée par Jacqueline Fastrès, la coordinatrice du département formation et recherche de RTA.
Jacqueline Fastrès, en quoi consistait concrètement cette expérience-pilote ?
Cette initiative émane de la coopérative Paysans-Artisans et de quinze partenaires, dont le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté et l’association d’éducation permanente RTA. Pendant 18 mois, quinze ménages namurois connaissant des difficultés socio-économiques ont reçu une carte leur donnant droit à une réduction de 50% sur leurs courses dans l’une des épiceries de la coopérative. Cette expérimentation a été financée par une caisse alimentée par l’achat de bons de solidarité par les consommateur·ices des magasins, et soutenu par la cellule Manger Demain et la Loterie Nationale.
Pendant un an et demi, le groupe s’est réuni une fois par mois pour des moments d’échange et de partage de vécu. Qu’est-ce qui a tout de suite surgi ?
Les obstacles. L’un des objectifs initiaux de la recherche était d’identifier à quelles conditions ce type d’expérimentation pouvait fonctionner. Mais les premières choses qui sont venues, ce sont les obstacles. Il y en a eu plusieurs qu’on n’aurait pas pu voir sans l’apport de ces personnes qui ont l’expérience de la pauvreté.
Parmi ces obstacles liés à l’usage de la carte de réduction, vous en avez identifié un assez typique…
Une participante a dit un jour qu’elle avait le « syndrome de l’imposteur », c’est-à-dire qu’elle avait du mal à présenter sa carte de réduction au moment de payer ses courses chez Paysans-Artisans. Elle se disait : « Il va être écrit sur ma tête que je suis pauvre. Et puis, qu’est-ce que les gens derrière moi vont penser du fait que moi, je paie mes courses moins cher ? » Les témoins du vécu anticipent ce reproche qu’on pourrait éventuellement leur faire de « profiter », et cette crainte s’incarne dans le syndrome de l’imposteur, qui conduit à s’imposer des règles que personne ne leur demande, comme ne pas faire bénéficier les membres de leur famille des produits achetés grâce à la carte.
















