Flora Kocovski, vous dirigez W.Alter, la banque publique qui finance l’économie sociale en Wallonie. Beaucoup de coopératives alimentaires peinent à trouver l’équilibre. Pourquoi ?
Je veux d’abord leur tirer mon chapeau. Dans l’alimentation, le circuit court, c’est David contre Goliath : les coopératives font face à des multinationales et la grande distribution, avec leurs économies d’échelle, leur marketing, leurs prix écrasés. En plus, elles s’imposent des règles : proximité, qualité, juste rémunération des producteur·ices et des travailleur·euses. Ce sont des petits poucets dans un marché d’une rudesse énorme. Bravo à celles et ceux qui tiennent, c’est un exploit.
Cet article a été publié dans le 23° numéro de Tchak. Vous pouvez le lire en accès libre grâce à notre communauté d’abonné·es et le Fonds Démocratie de la Loterie Nationale, qui soutient notre projet #CamilleTexplique.
Y a-t-il assez d’expertise financière dans ce secteur ?
Difficile de généraliser. Comme toute entreprise d’économie sociale, les coopératives doivent s’outiller, se former et parfois reprendre des recettes des grands acteurs : mutualiser, adapter leur gestion. Plus globalement, leurs difficultés ne viennent pas d’un manque de sérieux, mais de l’attachement aux finalités : payer le prix juste aux producteur·ices, garder des prix accessibles. Certaines ont refusé d’augmenter leurs tarifs, alors que les coûts explosaient. Or parfois, c’est nécessaire, sinon on s’épuise et le projet se détricote. Dans l’économie sociale, on veut tout faire bien, mais il faut accepter de ne pas être parfait partout. L’important, c’est de rester debout.
Certaines ont la tentation de travailler avec la grande distribution. Le ministre wallon de la Santé Yves Coppieters (Les Engagés) défend lui-même cette piste, pour développer le secteur du bio, au bénéfice de la santé publique. N’est-ce pas vendre son âme au diable ?
Pour moi, collaborer ne veut pas dire se soumettre. Si on reste en logique de circuit court, c’est-à-dire de réduire les intermédiaires, vendre en moyenne surface locale peut être une opportunité. Pas question de livrer une centrale à Bruxelles, mais pourquoi pas travailler avec un franchisé du coin pour renforcer l’ancrage territorial. L’essentiel est de garder ses valeurs et de poser ses conditions.
Sur les valeurs, il y a quand même une différence : solidarité, débats ouverts sur les marges, les filières à développer, etc. Tout ça, on ne le retrouve pas dans la grande distribution, classique ou franchisée.
Pour moi, la grande distribution reste un canal de vente, pas un lieu de communauté. Mais l’essence des valeurs d’une coopérative peut continuer à exister, même en passant par ce canal. Si certain·es y voient un conflit de valeur absolu, je peux comprendre qu’ils et elles refusent. De mon côté, je crois qu’on peut nouer des relations commerciales sans s’asseoir sur tout ça.
Liens utiles
> Observatoire de l’économie sociale. Pôle d’expertise et de réflexion, qui rassemble, en un seul endroit, toutes les données relatives à l’économie sociale. En savoir +.
> Annuaire de l’économie sociale. Pour découvrir toutes les entreprises qui en font partie en Belgique francophone. En savoir +.
> iES !, l’incubateur de l’économise sociale (Wallonie). Des outils et des ressources pour vous accompagner dans le développement d’un projet en économie sociale (Wallonie). En savoir +.
> SAWB, fédération d’associations et d’entreprises d’économie sociale et agence-conseil en Fédération Wallonie-Bruxelles. En savoir +.















