Maraîchers Cadmium
@ Philippe Lavandy

Légumes contaminés au cadmium : nouveaux résultats mais aucune solution malgré l’inquiétude

Ce jeudi, l’Agence fédérale de sécurité de la chaîne alimentaire (AFSCA) a annoncé avoir réalisé une nouvelle étude dans des zones identifiées comme potentiellement polluées au cadmium. Les résultats révèlent 25% de taux de non-conformité, la majorité en région liégeoise. De quoi renforcer l’inquiétude des maraîchè·res et des syndicats agricoles. La Fugea parle de centaines de fermes qui pourraient être potentiellement touchées.

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Claire Lengrand, journaliste

Mardi 7 avril, une réunion s’est tenue au siège de l’AFSCA, à Bruxelles. L’agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire y a présenté les résultats d’une action de contrôle ciblé menée en 2025 auprès de maraîchèr·es situé·es dans des zones identifiées comme étant potentiellement polluées au cadmium.

Cette réunion visait aussi à « échanger sur les mesures à mettre en place ainsi que sur l’accompagnement des producteur·ices concerné·es », précise Aline Van Den Broeck, porte-parole de l’AFSCA. 

Sur 48 échantillons de légumes prélevés chez 48 opérateurs différents (18 en région flamande et 30 en région wallonne), 12 présentent des taux de cadmium dépassant les normes européennes, soit 25% au total.

« Les résultats montrent une concentration plus importante de non-conformités en Wallonie, en particulier dans certaines zones le long du sillon Sambre-et-Meuse, incluant la région de Liège et le Pays de Herve. Ces zones sont connues pour présenter localement des teneurs plus élevées en métaux lourds dans les sols, liées à des activités industrielles historiques », indique Aline Van Den Broeck.

Pour l’AFSCA, ces données ne traduisent pas « un problème généralisé ou structurel pour les légumes belges », le risque de contamination étant « localisé ». 

L’agence se veut par ailleurs rassurante : « En 2024, 99 % des échantillons analysés lors de nos contrôles aléatoires pour les métaux lourds étaient conformes aux normes », affirme la porte-parole.

L’AFSCA précise encore que, dans le cas présent, « les légumes prélevés étant non-conformes ont été soit revalorisés en alimentation animale ou via la biométhanisation, soit détruits selon les procédures prévues par les autorités régionales compétentes. »

« C’est une situation qu’on laisse pourrir et qui est injuste »

« Pour la première fois depuis notre installation en 2015, on nous a annoncé être en zone polluée », relate de son côté Frédéric Bronne.

Cette réunion, cela faisait des mois que lui et Jérôme Debruxelles l’attendaient. Fin 2021, les deux maraîchers de la Ferme dans l’Assiette, située près de Olne, en province liégeoise, avaient dû détruire une partie de leur production suite à des contrôles de l’AFSCA révélant des taux de cadmium trop élevés.

Dépités, les deux hommes avaient cessé leur activité pendant deux mois. Depuis, les maraîchers ne cessent d’interpeller les autorités sur cette problématiqueEn vain. « Nous avons eu quelques réunions avec les différents cabinets ministériels et à chaque fois, chacun se renvoie la balle », déplore Frédéric, qui déclare avoir « perdu toute confiance en la politique. » 

« Quand des maraîchers reçoivent des contrôles et doivent détruire leur production, c’est catastrophique. C’est une situation qu’on laisse pourrir et qui est injuste », renchérit-il. 

Les maraîchers de la Ferme dans l’Assiette ont donc décidé de « ne pas lâcher l’affaire. A partir de mi-décembre, nous avons écrit à l’AFSCA tous les 15 jours. On les a tellement harcelés qu’ils ont fini par organiser une réunion. »

« La pollution pourrait toucher des centaines de fermes »

Les maraîchers s’attendaient à y voir des représentants des cabinets d’Yves Coppieters et d’Anne-Catherine Daclq, prévenus au préalable. Ces derniers ont pourtant, semble-t-il, brillé par leur absence. Et ce malgré la préoccupation du secteur agricole, représenté lors de cette réunion par les trois syndicats (FUGEA, FJA, FWA). Car la problématique du cadmium ne concerne pas que les maraîcher·es diversifié·es. 

« À l’automne passé, nous avons tiré la sonnette d’alarme auprès du gouvernement après avoir été interpellé par un agriculteur conventionnel dont les cultures (pommes de terre et oignons) avaient fait l’objet d’un contrôle s’étant avéré positif au cadmium », dévoile Guillaume Van Binst, secrétaire général de la FJA.

Le syndicat est de plus en plus sollicité par des producteur·ices, basé·es en région liégeoise, se demandant vers quelles cultures se tourner en cette saison des semis. « Nous voulons des réponses pour savoir comment les accompagner », appuie Guillaume Van Binst.

Même revendication du côté de la FUGEA : « Lors de cette réunion, le SPW a présenté certaines solutions agronomiques que les maraîchèr·es pourraient mettre en place mais c’était deux phrases lancées sur un power point », fustige Anouchka Hoffmann, chargée de mission en autonomie et politique au sein du syndicat.

Elle souligne également la nécessité d’informer les agriculteur·ices sur cette problématique : « Selon le SPW, la pollution au cadmium pourrait toucher 48.000 hectares en Wallonie, dont près de 7% de la SAU (surface agricole utile), c’est-à-dire des centaines de fermesOr aucun chiffre officiel n’a été communiqué. »

Des mesures de dédommagement?

Les maraîchè·res et les syndicats agricoles réclament aux autorités de prendre en charge ces pollutions à travers, notamment, des mesures de dédommagement lorsque les cultures sont déclassées.

« Que ces pollutions soient historiques ou qu’elles soient liées à la nature du sol, les producteur·ices ne peuvent pas en être tenu·es responsables ! », insiste ainsi Anouchka Hoffmann.

Autant de points d’attention rapportés lors de la réunion mais « étant donné que les cabinets étaient absents et qu’il s’agit d’un enjeu politique, nous n’avons pas du tout pu avancer. » 

Le 10 avril, la FUGEA a envoyé un courrier aux différent·es ministres (Coppieters, Dalcq, Clarinval et Dolimans) afin de demander une réunion d’urgence. « On nous a répondu que les cabinets étaient en contact pour discuter de la problématique », fait savoir la chargée de mission. 

De son côté, l’AFSCA déclare « qu’aucune autre mesure n’est prévue actuellement. » « À l’instar de tous les autres opérateurs de la chaîne alimentaire, les maraîchèr·es sont responsables de la sécurité des produits qu’ils commercialisent. Ils doivent donc intégrer les risques liés à une éventuelle contamination environnementale de leurs sols dans leur système d’autocontrôle », soulève Aline Van Den Broeck, sa porte-parole.

Info. Métaux lourds dans les cultures maraîchères : l’étude de l’AFSCA (2025)


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