Maraîchage formation
« Mieux vaut apprendre le métier au préalable qu’avancer par petits pas en bricolant », recommande Prisca Sallets, maraîchère à Court-Saint-Etienne © Philippe Lavandy

Maraîchage : la formation sur le terrain, c’est essentiel

Acquérir des connaissances théoriques, c’est bien. Les coupler à une expérience pratique, c’est mieux. Alors que le maraîchage sur petite surface attire principalement des personnes non issues du monde agricole, les professionnels mettent en garde celles et ceux qui se lancent par idéal sans formation, sans préparation sérieuse.

Claire Lengrand, journaliste | claire.lengrand@hotmail.fr

« On assiste à un certain engouement pour le maraîchage mais, selon moi, la plupart des candidats se font une fausse idée du métier. A titre personnel, je me suis pris de belles claques, de gros coups de fatigue à en faire des micro-siestes au milieu des cultures pour tenir le coup, j’ai subi des récoltes ravagées par des rongeurs ou le gel… Aujourd’hui, il m’arrive encore de tomber, mais de moins haut. »

Ce témoignage de Sammy Raven, maraîcher au Potager de la Ferme du Mont des Brumes à Stoumont, illustre une évidence : le métier de maraîcher ne s’improvise pas. Comme pour tout agriculteur, il requiert une multitude d’aptitudes physiques, de compétences et de savoirs.

Cet article est au sommaire du numéro 9 de Tchak (printemps 22)

« Je regrette de ne pas l’avoir fait »

« Être paysan ne se limite pas à être sur ses terres : c’est faire de l’administratif, de la communication ou encore de la vente », rappelle Johanne Scheepmans, co-présidente du Mouvement d’Action Paysanne (MAP). 

Sans une solide formation en poche, entreprendre un projet en maraîchage est pour le moins risqué. « Si c’était à refaire, je consacrerais plus de temps et d’énergie à cette étape, reconnait Marie Etienne, de la ferme Champignol à Philippeville. Je regrette de ne pas l’avoir fait car j’ai passé beaucoup de temps à chipoter, à ignorer certaines techniques et adresses de professionnels. » 

Un aveu interpellant à l’heure où la profession attire en majorité des personnes non issues du monde agricole. Un public sincère et engagé, mais pas nécessairement en phase avec la complexité du métier. « Je vois arriver de plus en plus de personnes en quête de transition ou des gens en situation de burn-out, brûlés par la vie qu’ils ont menée »constate Louis Larock, agriculteur à Neupré et formateur de l’une des fermes-écoles du MAP.

« Il est très rare d’avoir des gens qui ont le maraîchage dans les tripes. Ce qui les motive, c’est l’idéalisme. L’envie de changer de mode de vie, de donner du sens à son travail, de participer à un mouvement écologique et alimentaire », remarque de son côté Nicolas Deeker, maraîcher aux Jardins de Dounia à Corroy-le-Grand, qui avoue être lui-même arrivé dans le milieu pour ces raisons-là. 

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« Mieux vaut apprendre le métier au préalable qu’avancer par petits pas en bricolant », recommande Prisca Sallets, maraîchère à Court-Saint-Etienne © Philippe Lavandy
+++ Ce décryptage fait partie de notre projet Paroles de maraîchers

« Indispensable pour éviter les mauvais choix stratégiques »

« La formation est une porte d’entrée, poursuit Cyrille Guiot, maraîcher à la Ferme du Tchapia (Couvin). Un outil d’introduction qui permet de prendre du recul, de mieux comprendre le monde agricole et d’éviter les mauvais choix stratégiques, comme l’achat d’une terre peu propice à la culture maraîchère. Exemple : s’installer en Ardenne au fin fond d’un bois. »

Depuis 2017, Cyrille Guiot est le formateur principal du cursus en maraîchage biologique de l’IFAPME de Dinant, un cursus qui s’étale sur deux ans. « La première année délivre un enseignement technique de base, du travail du sol aux différentes maladies qui touchent les cultures, tandis que la deuxième année est plus axée sur le partage d’expériences de maraîchers professionnels », détaille-t-il.

Apprendre à gérer sa comptabilité, à développer un circuit de vente, à monter un plan financier ou à adapter son plan de culture en fonction de ses moyens sont quelques-uns des enseignements dispensés par les filières de formation les plus sérieuses. Un condensé de savoirs théoriques qui peut paraître lourd et indigeste pour certains. Selon Johanne Scheepmans, co-présidente du MAP, « le volet économique et administratif est souvent la partie qui parle le moins aux apprenants. Or même sans projet professionnel précis en tête, avoir une idée des coûts est important ». 

Laurent Dorchy, lui, l’a bien compris. Depuis 2015, il forme chaque année une dizaine de personnes au métier de maraîcher sur petite surface au sein du FOREM, un apprentissage mêlant théorie et pratique durant huit mois. Afin que ses apprentis se rendent bien compte de la réalité économique du métier, Laurent n’hésite pas à leur donner des chiffres marquants : « Une salade, c’est 1 euro 50. Donc pour arriver à 600 euros, il faut en vendre 400 ! »

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Pour Michaël Dossin, maraîcher et arboriculteur à la micro-ferme du Bout du monde (Spa), « les maraîchers doivent comprendre combien leur sol est fragile ». © Philippe Lavandy

Rien ne vaut les expériences de terrain

Pour que les apprenants soient capables de faire les meilleurs choix en fonction de leur situation, rien ne vaut cependant les expériences de terrain. « Tant que ce n’est pas incarné dans le geste, ça reste dans la tête »affirme Jean-Cédric Jacqmart, fondateur de la ferme de Desnié à Theux. Nadège Roger, qui a suivi la formation professionnelle en maraîchage dispensée par le CRABE avant de lancer son activité à Érezée, se remémore : « Deux jours minimum par semaine sont consacrés aux stages : c’est ce qui te permet d’apprendre véritablement. Pour voir différentes fermes, diverses façons de faire… » 

En effet, à chaque professionnel sa méthode d’enseignement et sa « spécialité ». Michaël Dossin, maraîcher et arboriculteur à la Micro-ferme du Bout du monde près de Spa, transmet son savoir depuis plus de douze années. Il inculque avant tout des astuces agronomiques pour, entre autres, associer correctement les légumes et augmenter la fertilité de sa terre. « Les maraîchers doivent comprendre leur sol, combien il est fragile et comment il peut être pollué. Ils doivent savoir ce qu’ils introduisent dans leur écosystème »souligne-t-il. 

Nicolas Deeker, lui, insiste auprès de ses stagiaires sur l’importance de la gestion entrepreneuriale. Un aspect qui, selon lui, est souvent négligé. « À partir du moment où l’on veut générer de l’argent par son activité, il y a toute une série de choix et de raisonnements à faire. On devient gérant d’une entreprise »appuie celui qui dirige avec son épouse une équipe de cinq employés.

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