En juin 2020. Tchak publiait sa deuxième enquête sur les pesticides en Wallonie. Deux constats parmi (beaucoup) d’autres :
- La Belgique restait un des plus gros consommateurs européens de pesticides ;
- Le plan wallon de réduction des pesticides était en panne.
À l’époque, Willy Borsus (MR), ministre wallon de l’Agriculture, avait réfuté nos infos d’un haussement d’épaule. Interpellé par le journal L’Avenir, il répondait qu’ « au fil des ans, il y avait eu une forte diminution des volumes d’utilisation ».
Cinq ans plus tard, la Cour des comptes vient de publier, ce lundi 7 mai, un audit sur le sujet. Elle y autopsie la préservation de la biodiversité en milieu agricole, au regard de la politique wallonne de réduction des pesticides. Le rapport est tranchant. On vous le traduit avec nos mots…
- Aucune données. Impossible de savoir qui utilise quoi comme pesticide, quand, où, ni comment. La Wallonie navigue les yeux bandés, en plein brouillard chimique dont la densité ne varierait pas depuis… 2004 !
- Pas d’indicateurs de risques. Les rares outils de suivi sont incomplets, inopérants ou ont disparu. Résultats : impossible d’évaluer les risques, quand bien même on parle de néonicotinoïdes, de produits contenant des PFAS ou d’autres substances tueuses de pollinisateurs.
- Une coquille vide. Réduire de 50 % l’empreinte des pesticides… C’était l’objectif-phare du 3e Plan wallon de réduction des pesticides (PWRP3). Un acronyme qui sonne bien, mais à ce jour, aucun jalon, aucune cible intermédiaire, aucune priorisation selon les molécules actives, le type de cultures ou les régions agricoles. Une coquille vide.
- Un manque de pilotage. Stratégie biodiversité 360°, stratégie bio 2030, plan stratégique wallon PAC, plans nitrates… Aucune vision cohérente, transversale et exhaustive ne se dégage au départ de ces différents plans. Pas d’effet levier. Chaque ministre reste dans son couloir.
- La science ignorée. Travaux scientifiques, études d’associations de protection de l’environnement, recherches de terrain menées par des agriculteur·ices… La connaissance sur les modèles agricoles sans chimie de synthèse a progressé, sans que personne ne s’en empare.
Aujourd’hui, en Wallonie, 95 % des habitats naturels sont pourtant jugés en état défavorable, 30 % des espèces d’abeilles sauvages sont considérées comme menacées en Belgique, et l’on retrouve des micropolluants jusque dans les nappes phréatiques.
La faute à qui ? « Il se peut que les dommages causés à l’environnement ne résultent pas tant de l’adoption de comportements irréguliers de la part des agriculteurs, que d’une prise en compte insuffisante, au niveau politique, des risques avérés ou potentiels que ces substances font peser sur l’environnement et la santé », conclut la Cour des comptes dans son audit.
Merci donc aux deux précédents gouvernements wallons :PS-cdH puis cdH-MR entre 2014 et 2019) ; puis PS-MR-Ecolo entre 2019 et 2024. Quant à l’actuelle coalition MR–Les Engagés, elle ne rassure guère : sa déclaration de politique régionale ne parle pas d’un soutien massif à une agriculture diversifiée et bio. Et une de ses premières décisions a été de sabrer dans les budgets biodiversité.
En fait, en Wallonie, malgré les ambitions affichées, il n’y a pas eu de véritable guerre contre les pesticides. Pour l’heure, les seules frappes massives auxquelles on assiste visent les plus fragiles plutôt que le glyphosate.
Un monde qui s’en prend aux “mauvaises herbes”, quelles qu’elles soient, c’est un monde qui renonce à la vie. Comme quoi, il va falloir changer de front.
















