La semaine dernière, Theo Francken a relié Greta Thunberg, Code Rouge, les avocates du cabinet PLN, COMAC, les journalistes et bien d’autres dans une même entreprise : « saper le système capitaliste ». Le nouveau numéro de Tchak dessine une tout autre carte de la menace.
Édito | Yves Raisiere, journaliste
La semaine dernière, sur Facebook, Theo Francken (N-VA) a dessiné la carte de la menace, s’en prenant aux mouvements pour le climat, aux réfugiés, à Black Lives Matter, aux défenseur·es de la Palestine, aux manifestations contre les coupes dans l’enseignement, à Greta Thunberg, à Code Rouge, à Anuna De Wever, au cabinet juridique Progress Lawyers Network (PLN), à COMAC…
N’en jetez plus !
Tout cela relèverait, selon le ministre de la Défense, d’un même projet. Les militant·es prépareraient la révolution ; les avocat·es de PLN – « Une batterie de communistes » – défendraient systématiquement les activistes et dénonceraient les violences policières ; les journalistes auraient le cœur trop à gauche. Une seule ambition les réunirait : « Saper le système capitaliste ».
Le raisonnement est séduisant. Il ne cherche pas à démontrer qu’un lien existe entre ces mouvements, il suppose ce lien, chaque nouvelle mobilisation venant confirmer l’hypothèse. Mauvaise nouvelle pour Theo Francken : notre nouveau numéro risque de lui donner quelques sueurs froides.
Vous y croiserez justement les quatre avocates de PLN, celles qui attaquent TotalEnergies au nom d’un agriculteur. Avec elles, une poignée d’associations, des bénévoles, des scientifiques, des citoyennes et des citoyens qui refusent de croire qu’une multinationale est intouchable. Vous y découvrirez aussi la Cafétéria collective Kali, à Liège, qui a réussi à racheter son immeuble pour le soustraire à la spéculation. Ou encore le Café Monde, à Louvain-la-Neuve, où citoyen·nes et exilé·es cuisinent ensemble, transformant l’accueil en acte de résistance.
Si tout cela révèle un grand complot, ce dernier relève d’un paradoxe, tant il se déroule au grand jour.
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Une manière de regarder le réel
Au fond, ce qui nous sépare de Theo Francken, ce n’est peut-être même pas la gauche ou la droite. C’est la manière de regarder le réel.
Pour lui, des mobilisations très différentes racontent nécessairement une seule histoire. Pour nous, elles expriment des combats distincts, parfois convergents, parfois non, mais qui ont en commun de refuser certaines formes de domination, de se battre pour davantage de justice sociale.
La violence, elle aussi, ne se situe pas au même endroit. Pour Theo Francken, elle surgit lorsque des citoyennes et des citoyens bloquent une route, attaquent une multinationale devant les tribunaux ou contestent l’ordre établi.
Pour Tchak, elle commence bien avant : lorsque, en Guinée, des paysan·nes et des pêcheurs sont sacrifiés au nom de l’extraction de la bauxite ; lorsque des maraîcher·es sont abandonné·es face à une terre contaminée dont personne ne veut assumer l’héritage ; lorsque des corvidés sont massacrés au nom d’un modèle agricole qui prétend ne pas avoir d’alternative.
Au fond, ce qui inquiète Theo Francken, ce n’est finalement pas l’extrême gauche. C’est que des citoyennes et des citoyens refusent d’accepter le monde tel qu’il est. Qu’ils et elles prennent au sérieux ce qu’on doit à celles et ceux qui vivent ici et ailleurs, ceux et celles qui viendront après nous…
Et surtout, c’est l’idée que le rapport de force puisse changer de camp.















