Wind for life, en référence au Win for life… C’est le titre qui barre la couverture de notre tout nouveau numéro (printemps 25), dont l’enquête – réalisée avec le soutien du fonds pour le journalisme – porte sur l’éolien, l’agriculture et les dessous des contrats.
ÉDITO | Yves Raisiere, journaliste
Le jeu de mots vient facilement à l’esprit, tant l’implantation d’éoliennes en terres agricoles tient, pour les heureux et les heureuses élues, d’une rente quasi à vie. Un modèle souvent présenté comme Win-Win. D’un côté, des pales captant le vent pour le transformer en énergie verte ; de l’autre, une rémunération pour des agriculteurs et des agricultrices qui peinent à joindre les deux bouts.
Comme le révèle notre enquête, la réalité est plus nuancée. Ainsi, au Wind for life, les propriétaires empochent davantage que les locataires ; or, parmi les agriculteurs et les agricultrices wallons, ils et elles sont seulement entre 35 % et 40% à cultiver leurs propres terres.
Par ailleurs, seul un petit pourcentage — celles et ceux dont les parcelles sont situées sur des plateaux dégagés et venteux — a une chance de toucher le gros lot. Enfin, pour emporter la mise, le projet doit aboutir, ce qui, dans l’éolien, prend des années et n’est jamais gagné d’avance.
Finalement, quelques dizaines de fermes sur les 12.700 que compte la Wallonie tirent le bon billet. Encore faut-il qu’elles gardent leur sang-froid. Prendre le temps de relire un contrat quand votre voisin ou votre voisine se dit prêt·e à signer demande des nerfs d’acier.
En face, les opérateurs industriels ont, eux, l’habitude. Ils sont organisés, ils connaissent leurs droits et, au contraire de nombreux agriculteurs et agricultrices, ils peuvent prendre des risques : la Wallonie leur a octroyé plus d’un milliard de certificats verts depuis la naissance de la filière éolienne, au début des années 2000. De l’argent public qui, parfois, comme nous le révélons, remonte dans les poches de multinationales étrangères.
Si notre enquête le constate, ce n’est pas pour flinguer l’éolien. Plutôt pour poser cette question : et si la Wallonie avait mis ce milliard dans le développement de nouvelles filières alimentaires ?
On nous rétorquera qu’elle a déjà réservé 30 % du 1,8 milliard provenant de la politique agricole commune (2023-2027) à des mesures en faveur de la transition, dont les nouveaux écorégimes. Certes. Mais près des 70 % restants restent destinés à soutenir, directement ou indirectement, des revenus défaillants.
Revers paradoxal de la médaille, cet appui public massif permet, à l’autre bout de la chaîne, à des multinationales de continuer à acheter, vendre et exporter de l’intensif et de la malbouffe à prix cassés. Dans l’éolien comme dans l’agriculture, les politiques financent ainsi des programmes qui bénéficient souvent aux actionnaires de groupes transnationaux.
On peut comprendre l’intérêt de partenariats publics-privés pour construire certains projets industriels. On le conçoit moins quand il s’agit de mettre tous ses œufs dans le même panier.
Une décarbonation réellement équitable de l’énergie, un verdissement de l’agriculture plus juste nécessiteraient de redistribuer une plus large part des richesses vers des actrices et des acteurs locaux et solidaires, plutôt que d’enrichir des firmes déjà dominantes.

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