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Wallonie : la ruée vers la pomme de terre

L’agriculture wallonne change de visage. Elle s’industrialise et produit des monocultures dont la priorité n’est pas de nourrir la population locale, mais de répondre aux attentes d’une production massive et standardisée. C’est notamment le cas des pommes de terre dont la production est six fois supérieure à la consommation.

Sang-Sang WU, journaliste | sang-sang@tchak.be

« La Belgique est devenue le plus gros exportateur au monde de pommes de terre surgelées, et ce, dans plus de 150 pays », se targue Belgapom, l’organisation professionnelle des négociants et transformateurs de pommes de terre. 

Comme des rotations doivent idéalement avoir lieu tous les sept ans, les cultivateurs sont sans cesse à la recherche de nouvelles terres à conquérir pour y planter leurs tubercules. Ils concluent alors des contrats avec des fermiers non spécialisés, lesquels mettent leurs terres à disposition d’avril à septembre-octobre. « On doit préparer le sol, puis ils viennent planter et pulvériser avec leurs machines spécifiques, explique Ronny Bonduel, cultivateur de céréales à Ham-sur-Heure/Nalinnes. Après ces cinq mois de culture de pomme de terre, on met du froment. » 

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Au fil du temps, l’agriculteur spécialisé dans la pomme de terre est allé de plus en plus loin pour disposer de nouvelles terres. « Au départ, la pomme de terre n’était cultivée que dans les bonnes terres, en Hesbaye et en Flandre, poursuit Ronny Bonduel. Elle est arrivée dans le nord de la France et ici parce que les producteurs commençaient à manquer de place, même en réduisant la durée des rotations à une année sur trois plutôt qu’une année sur sept. En faisant cela, on favorise une plus grande résistance aux maladies et on épuise le sol. Il n’y a alors plus de structure entre les éléments et cela entraîne des soucis comme les coulées de boue. Mais l’industrie se fout que la terre soit épuisée et la pomme de terre est rentable. Donc, on en cultive de plus en plus. » 

Pommes de terre : une hausse de 33,3%

En 2019, la production belge de pommes de terre a ainsi enregistré une hausse de 33,3% par rapport à 2018, due à l’augmentation de la superficie et du rendement. La culture couvre 43 500 hectares en Région wallonne, et près de 100 000 hectares dans tout le pays. « En culture classique, aucune autre culture n’est aussi intéressante pour le moment, selon Patrick. Le bénéfice net à l’hectare, hors prime, peut être deux, trois ou quatre fois supérieur à celui des céréales. C’est l’une des dernières spéculations qui est bien payée par l’industrie, et elle a remplacé la culture-reine traditionnelle, la betterave. » 

« Entre 60 et 80% des relations entre les transformateurs et les producteurs de pommes de terre sont couvertes par des contrats », explique Romain Cools, secrétaire général de Belgapom, le lobby des transformateurs et négociants de la patate. Dans le cadre de ces contrats de culture, l’agriculteur s’engage, en décembre-janvier, à produire un certain tonnage à livrer à la récolte ou en cours de conservation. « Si vous plantez des pommes de terre et que vous avez un contrat avec McCain ou Lutosa, cela vous garantit un certain revenu, explique un fin connaisseur du secteur. Mais au bout du compte, ces grandes chaînes vont essayer de multiplier le nombre de contrats passés avec les producteurs, de façon à les mettre en concurrence et à faire baisser les prix. Elles leur diront : “Si ce n’est pas vous, ce sera un autre.” » 

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