La chaîne belge Exki, qui fut l’une des premières à s’engager en sa faveur, délaisse l’agriculture bio. Une évolution qui fait suite au départ de deux de ses actionnaires début 2025.
Clémence Dumont – journaliste
On le pressentait, comme on l’avait expliqué dans notre article sur Exki paru dans notre 21e numéro (printemps 2025). On peut désormais l’affirmer : les restaurants Exki délaissent l’agriculture bio.
L’entreprise belge lancée en 2001 avec l’ambition de fournir de la nourriture saine aux gens pressés était pourtant l’une des premières du genre à proposer des ingrédients labellisés bio, et l’une des rares à se fixer publiquement des objectifs à ce sujet.
Mais au fil du temps, ses engagements étaient devenus plus flous. Ainsi, jusqu’il y a peu, Exki promettait sur son site internet « 40% de produits labellisés bio ou responsables », sans détailler de manière transparente comment ce pourcentage était calculé ni ce que signifiait précisément le qualificatif « responsable ».
Désormais, ces questions ne se posent plus : la page de son site internet qui reprend ses engagements publics ne fait plus du tout référence au bio. Exki y met en avant ses efforts pour réduire le plastique et vante le fait que ses produits sont « sains, frais et de saison », avec moins de sucres ajoutés et d’additifs.
Elle précise aussi que 50% de son offre est « végétarienne, à faible teneur en gluten, sans lactose » et affirme enfin soutenir le « Fairtrade ». Mais elle ne dit rien du bio, un label qui, pour rappel, interdit entre autres aux producteur·ices d’utiliser des pesticides et engrais issus de la chimie de synthèse.
De fait, dans ses restaurants, très peu de produits sont mis en avant comme étant bio. Ils pourraient l’être sans que ce soit affiché, mais certains détails ne trompent pas. Par exemple, le lait utilisé en direct pour confectionner les boissons chaudes, qui était bio, ne l’est plus.
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Du bio « dès que cela peut faire sens » ?
Interrogée fin mars à ce propos, la marque assure rester fidèle à sa « vision globale de l’alimentation responsable, fondée sur la qualité des produits, le respect des saisons, des filières et des territoires ».
Laetitia Garcia Moreno, assistante du CEO, précise que la priorité d’Exki va « aux produits locaux, adaptés à chaque pays où nous opérons, aux filières sans OGM, sans pratiques d’élevage intensif, à des pratiques durables comme la pêche responsable. Et bien sûr au bio dès que cela peut faire sens ». Elle ajoute que « le bio a toujours fait partie de l’offre Exki, mais n’a jamais été notre unique critère de qualité ».
Comment justifier dès lors le passage à du lait conventionnel ? Le bio ne ferait-il plus sens pour ce produit ? « Nous faisons évoluer certains choix d’approvisionnement en privilégiant une approche plus locale et pragmatique, répond Laetitia Garcia Moreno. Par exemple, pour des produits comme le lait, nous travaillons avec des partenaires différents selon les marchés : en Belgique et au Pays-Bas avec des fournisseurs majoritairement belges et néerlandais, et en France avec des coopératives françaises. Cela nous permet de renforcer les circuits courts et la cohérence locale dans chacun des pays où nous sommes présents. »
Une réponse qui ne tient pas la route, dès lors qu’il existe du lait à la fois bio et local. De plus, en Belgique, Exki a opté pour du lait de la marque Meyerij, une marque propre du groupe Sligro. Soit le plus important grossiste du secteur Horeca en Belgique, une multinationale cotée en bourse basée aux Pays-Bas. Pas vraiment ce que le commun des mortels appelle du “circuit court”…
La porte-parole a beau souligner que plusieurs produits restent bio, « notamment la quasi-totalité du pain (à l’exception du pain sans gluten) », on comprend bien que ce mode de production ne fait en réalité plus partie des priorités.
Un ancien de McDonald’s
Cette évolution était dans l’air depuis que, en janvier 2025, Exki avait finalisé un plan de relance doublé d’une hausse de capital. On avait alors appris que seul un actionnaire restait à bord : Iris Belgium, un fonds d’investissement, filiale d’une société luxembourgeoise. Frédéric Rouvez, qui a co-fondé et (co-)dirigé la chaîne à la carotte pendant près de 25 ans, avait préféré s’en aller, admettant implicitement auprès de Tchak des tensions au sujet de la vision.
La famille flamande Dossche, qui se trouve derrière des entreprises importantes du secteur bio en Belgique comme Biofresh, le principal grossiste bio du pays, ou De Hobbit, un fabricant d’aliments protéinés végétariens, avait également revendu ses billes.
Après avoir accumulé les dettes et frôlé la faillite, Exki s’était alors réjouie d’entamer « une nouvelle ère de croissance et d’innovation ». Depuis, l’enseigne qui compte une septantaine de restaurants situés principalement en Belgique et en France a dévoilé une nouvelle identité graphique et nommé un nouveau patron : Xavier Royaux, ancien responsable marketing de McDonald’s en France.
« Je connais peu d’actionnaires qui se satisfassent d’un plan d’investissement qui ne soit pas rentable, a récemment déclaré ce dernier à Gondola. Donc [nous visons] plus de chiffre par plus de restaurants, mais aussi plus de chiffre sur chacun des restaurants : via la variété de l’offre, le rôle du digital, le rôle de la communication. Il faudra que cette croissance soit rentable pour être durable. »
Xavier Royaux n’a pas explicité ce qu’il entendait par « durable ».















