Montage © Energie Commune.

Initiatives citoyennes : à J-7, il ne manque 800 signatures pour saisir le Parlement de Wallonie

Tiers-lieux, coopératives, jardins collectifs : des milliers d’initiatives citoyennes ont besoin d’un cadre pour grandir. Plusieurs associations ont déposé une demande pour créer une commission mixte citoyen·nes-élu·es au Parlement de Wallonie. Dernière ligne droite : il manque 800 signatures

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Y.R.

Nicolas Mathot Hubert est « Anim’Acteur tout-terrain » chez Énergie Commune, une des associations à l’origine de la demande de création d’une commission délibérative sur les initiatives citoyennes. À J-7 de l’échéance, il répond à nos questions.   

Nicolas Mathot, combien de signatures avez-vous récoltées à ce jour ? Quel seuil devez-vous atteindre pour que votre demande soit examinée par le Parlement wallon ?

À ce jour, 15 juin 2026, nous avons récolté 644 signatures en ligne et environ 500 signatures papier. Pour que la suggestion soit recevable et examinée par le Parlement wallon, nous devons atteindre le seuil de 2 000 signatures de citoyens domiciliés en Wallonie et âgés d’au moins 16 ans. Il nous en manque donc environ 800 (NDLR, la date de clôture est fixée au 22 juin).  

Qu’est-ce qu’une telle commission délibérative, et comment fonctionne-t-elle ?

Une commission délibérative mixte permet de partager le pouvoir. Elle réunit des députés wallons et des citoyens tirés au sort. Ensemble, ils auditionnent des experts et des acteurs de terrain, débattent du sujet et formulent des recommandations à destination du Parlement et du Gouvernement wallon. Ce dispositif permet de croiser expertise citoyenne et responsabilité politique dans un cadre structuré.

Un exemple ?

La Belgique est une précurseure en la matière. Il existe de nombreux outils à différents niveaux de pouvoir qui permettent aux citoyens de délibérer et d’émettre des recommandations politiques : le dialogue permanent en communauté germanophone, l’assemblée pour le climat en Wallonie et à Bruxelles. À Bruxelles, le même dispositif de commission délibérative mixte existe et a formulé des recommandations très concrètes et de qualité sur des thématiques telles que le sans-abrisme, la biodiversité en ville ou le rôle des citoyens en temps de crise.

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Qui est à l’origine de cette demande, et quelles actrices et acteurs la soutiennent aujourd’hui ?

Cette pétition est portée par Énergie Commune, le Réseau de Collectifs en Recherche de Résilience (RCR2) et les Amis de la terre, dans le cadre d’une campagne d’éducation permanente consacrée au partage et aux communs. Nous sommes allés à la rencontre de nombreuses initiatives citoyennes en Belgique francophone : coopératives d’énergie, habitats groupés, potagers collectifs, systèmes d’échange local, tiers-lieux, projets de mobilité partagée, repair café, etc. Depuis, de nombreuses associations et collectifs soutiennent également la pétition et nous aident à récolter les signatures, comme CaP Démocratie, à l’origine de la première commission délibérative mixte en Wallonie en 2024. 

Quels problèmes cherchez-vous à résoudre concrètement ?

Nous souhaitons ouvrir un débat démocratique sur les moyens de mieux soutenir ces initiatives et de leur permettre de se développer. Elles sont à la fois une réponse à la « fin du monde » et à la « fin du mois », comme dit l’expression. Elles permettent de faire de petites économies, d’avoir accès à des ressources et services qu’on devrait autrement payer, de rencontrer des gens, mais aussi de réduire le gaspillage des ressources et la pollution associée en consommant mieux. De plus, dans le contexte actuel, quand on se sent impuissant face aux événements, ce sont des initiatives à la portée de tous dans lesquels chacun peut s’investir et retrouver le sentiment de pouvoir faire quelque chose de concret. 

Le problème, c’est que ces initiatives restent fragiles. Elles reposent souvent sur quelques bénévoles très investis, sans qui tout s’effondre, et se heurtent à des obstacles administratifs, juridiques, financiers ou logistiques. Cette demande s’inspire donc directement de leurs témoignages et des difficultés qu’elles rencontrent sur le terrain. 

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Vous utilisez souvent le mot « communs ». Pourquoi ce terme 

Les communs sont des ressources gérées collectivement par une communauté selon des règles qu’elle définit elle-même, dans une logique d’usage partagé et de transmission. Cela peut concerner des objets, des espaces, des services, de l’énergie, des terres ou encore des connaissances. Nous utilisons ce terme, car il permet de désigner une réalité plus large que le simple bénévolat ou l’économie sociale : celle de citoyens qui s’organisent collectivement pour répondre à des besoins d’intérêt général. C’est l’idée qu’il existe une troisième voie à l’État et au marché : les citoyens qui font preuve de responsabilité collective face aux enjeux. Les citoyens ne sont plus passifs, simples consommateurs de services publics ou privés. Ils s’autoorganisent pour eux-mêmes gérer des choses en communs.  

Vous dites que les communs permettent de répondre à des besoins essentiels. Quelques exemples ?

Globalement, pareilles initiatives permettent de réduire certains coûts en mutualisant avec ses voisins, de renforcer l’entraide locale, de recréer des liens entre habitants et de développer des pratiques plus sobres en ressources. Elles permettent une réappropriation citoyenne des ressources et de compétences qui font que nous ne sommes plus dépendants de chaines mondiales qui ont montré leurs limites.

Un potager collectif permet par exemple à des habitants de produire de l’alimentation saine ensemble, de réapprendre à faire pousser sa nourriture, et de partager ensemble la charge de l’entretien du potager, chose qu’il est parfois plus compliqué de faire seul chez soi. Un autre exemple : un repair café va permettre de pouvoir réparer nos objets, de les garder plus longtemps et donc de devoir en racheter moins, d’apprendre à réparer soi-même des petits objets, etc. 

Quels sont  les principaux freins rencontrés sur le terrain ?

Les freins les plus fréquemment cités sont le manque de moyens humains et financiers, la difficulté à trouver ou sécuriser des locaux et des terrains, certaines contraintes administratives ou juridiques, ainsi que la difficulté à maintenir l’engagement bénévole dans la durée. En milieu rural, les distances et le manque d’infrastructures peuvent également compliquer la mise en place de projets de partage. Nous pensons que ce sont tous des freins auxquels nous pouvons réfléchir et trouver des solutions ensemble. Les pouvoirs publics ont un rôle à jouer en tant que facilitateur et catalyseur de ce type de projets. 

Pourquoi avoir choisi la voie d’une commission délibérative ? Qu’est-ce qu’elle pourrait produire que le monde associatif, les élus ou l’administration n’ont pas déjà produit jusqu’ici ?

Une commission délibérative permet de dépasser les approches sectorielles, d’entendre une diversité de points de vue et de construire des recommandations légitimes et transversales. Nous pensons qu’elle peut faire émerger des solutions nouvelles en associant directement les citoyens concernés, car ce processus participatifs est réputé pour être capables de faire des recommandations apartisanes bien ancrées dans la réalité des citoyens. Ces assemblées politisent également les personnes qui y participent, leur donnent ensuite l’envie de s’intéresser davantage à ses sujets et permettent de mettre en avant une autre façon de faire de la démocratie, en mettant directement les citoyens au centre des décisions.

Pour signer la demande de création d’une commission délibérative, rendez-vous sur le site du Parlement de Wallonie. Après vous être identifié, vous pourrez “voter”.

> Cliquez ici ou sur l’image ci-dessous.


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