Agriculture : stop à la démesure technologique. Sur cette photo, la kabalèze... Une charrette haute de transport conçue pour les maraîchers.
La kabalèze... Une charrette haute de transport conçue par la Fabriek Paysanne pour les maraîchers. Elle est adaptable à la largeur des planches. © Sebastien Nunes

Agriculture: s’outiller sans rouler des mécaniques

Un après-midi d’hiver, à Sivry. Un petit groupe de maraîchers découvre la kabalèze, une charrette présentée par la Fabriek Paysanne. Rien à voir avec une vente commerciale : ici, c’est un moment de partage. En toile de fond, le refus de la démesure technologique et la recherche d’une plus grande autonomie via une réappropriation des outils agricoles. 

Charlotte Van Breusegem Journaliste | charlotte.vanbreusegem@uclouvain.be 

« T’chaud café » au creux des mains, grand sourire sur les lèvres, étincelle dans le regard. Michael, jeune maraîcher installé à Peissant, ne cache pas son enthousiasme lorsqu’il découvre la kabalèze, une charrette optimisée pour le transport des caisses dans les champs. Un nouvel outil de maraîchage mis au point par la Fabriek Paysanne, qui est venue le présenter à des producteurs de la région de Sivry. 

+++ Ce dossier est au sommaire du numéro 5 de Tchak! (printemps 2021)

« L’objectif de notre collectif, c’est de mettre autour de la table les gens pour identifier leurs besoins et apporter la connaissance technique pour les réaliser, détaille Manu, sur place avec Adeline et le reste de l’équipe. L’idée, c’est que les producteurs puissent choisir et surtout fabriquer, transformer par eux-mêmes les outils qu’ils veulent utiliser. » 

Ils sont sept maraîchers à avoir répondu à l’appel de la Botte Paysanne 1, curieux de trouver des solutions qui pourraient simplifier leur quotidien et développer leur autonomie par l’outillage paysan. 

« Le modèle agricole productiviste et exportateur favorise l’utilisation de machines agricoles de plus en plus puissantes et high-tech, qui rendent l’agriculteur dépendant de l’ingénieur, du banquier, du numérique, du conseiller technique », pointe en effet Lou Plateau, doctorant FNRS en socio-économie agricole à l’ULB. 

Des nouveaux outils pour des nouvelles pratiques 

L’objectif de la Fabriek Paysanne, c’est de rassembler les producteur·rice·s pour identifier leurs besoins et leur apporter la connaissance technique. @ Charlotte Van Breusegem

Pour Michael, pas besoin d’être ultra compétitif ou spécialisé puisque son modèle économique ne passe pas par les gros acteurs du marché alimentaire classique. « L’agriculture paysanne s’inscrit dans les critères de durabilité et de respect de l’environnement, sans négliger l’importance du tissu local, rappelle le jeune maraîcher. Au-delà de son aspect nourricier, elle joue aussi un rôle social, presque politique. Mes circuits de distribution sont les petites coopératives citoyennes, l’entourage et les amis. » 

Les autres producteurs présents à la réunion cherchent, eux aussi, des outils adaptés à leur activité paysanne. Loin d’une démonstration « commerciale », la rencontre a aussi pour but l’échange. Corenthin, maraîcher, a d’ailleurs apporté son propre prototype motorisé. Cette machine lourde qu’il sort de sa camionnette, c’est tout le symbole de la souveraineté technologique qu’il rêve d’atteindre. En fil rouge, un « système agricole vertical » qui aurait atteint ses limites. 

« Le XXe siècle a connu un accroissement de la division du travail agricole, analyse Lou Plateau. La spécialisation accrue du monde agricole s’est accompagnée d’une séparation poussée entre les tâches de conception et d’exécution. Le développement des outils et techniques agricoles échappe de plus en plus aux agriculteurs au profit de l’industrie et de la recherche agronomique. La maîtrise de leurs outils au niveau de la conception, la construction et l’adaptation a progressivement été compromise. Couramment réduits au seul statut d’utilisateurs et de consommateurs d’outils, les producteurs n’intègrent plus tout l’aval de la chaîne de production et se retrouvent aujourd’hui dépendants d’une industrie qui les dépasse. » 

Comment, de fait, réparer soi-même des machines à très haut degré de technologie ? C’est la raison pour laquelle de nombreux maraîchers tentent aujourd’hui de récupérer leur autonomie technique. Par militantisme, par envie et puis, aussi, par nécessité. Avec des nouvelles pratiques durables et diversifiées, certains besoins propres à chacun apparaissent. 

« Les grosses machines ne sont ni durables, ni réparables, ni ergonomiques. » 

« Les outils proposés par les industriels ne sont souvent pas adaptés, parce qu’il existe autant de pratiques que de maraîchers, relève Michael, le jeune maraîcher. 

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