Éoliennes Dalcq
© Cabinet A.-C. Dalcq.

Anne-Catherine Dalcq : « L’implantation d’éoliennes sur des terres agricoles ne peut être considérée comme une solution de diversification des revenus agricoles durables »

Pour Anne-Catherine Dalcq (MR), ministre wallonne de l’Agriculture et de la Ruralité, l’implantation d’éoliennes en terres agricoles ne peut être considérée comme une solution de diversification des revenus agricoles durables. C’est la réponse apportée à Alice Bernard (PTB), députée au Parlement de Wallonie, qui l’interrogeait suite à notre nouvelle enquête sur le développement éolien en Wallonie.

La rédaction

Ci-dessous, le compte-rendu intégral de la question posée par la députée à la ministre en commission de l’Agriculture le lundi 14 avril 2025, et la réponse de celle-ci.

Question orale de Mme Alice Bernard à Mme Anne-Catherine Dalcq, Ministre de l’Agriculture et de la Ruralité,sur « l’implantation d’éoliennes en terres agricoles »

Mme Alice Bernard (PTB)

Madame la Ministre, la revue Tchak a enquêté sur le développement éolien en Wallonie. On peut lire que, pour atteindre les objectifs 2030, des dizaines de parcs éoliens doivent encore voir le jour dans notre région. Or, les lieux d’implantation idéalement situés se trouvent souvent et même majoritairement en terres agricoles.

Ainsi, on a des opérateurs industriels qui promettent aux agriculteurs des rentrées annuelles pouvant grimper jusqu’à 25 000 euros par an. Pour les opérateurs, par exemple, la multinationale Eneco, chaque éolienne peut rapporter beaucoup plus. On parle de 200 000 euros par an. Il n’empêche que ce modèle est souvent présenté comme un win-win puisque, d’un côté, on a des éoliennes qui transforment le vent en énergie verte et, de l’autre, une rémunération pour des agriculteurs et des agricultrices qui peinent à joindre les deux bouts.

La revue, dans son enquête, montre que la réalité est plus nuancée. On voit que les propriétaires peuvent toucher davantage que les locataires. Or, parmi les agriculteurs et les agricultrices de Wallonie, seulement 35 à 40 % d’entre eux cultivent leurs propres terres. Les autres sont locataires et le revenu de l’implantation d’une éolienne sera moins important pour eux. On constate aussi que seul un petit pourcentage, celles et ceux dont les parcelles sont situées sur des plateaux dégagés et venteux, a une chance de toucher vraiment le gros lot, parce que les projets d’implantation n’aboutissent pas tous. Finalement, seulement quelques dizaines de fermes sur les 12 700 que compte la Wallonie sont éligibles à l’implantation d’une éolienne.

Pour terminer, il semble que les contrats contiennent des clauses floues ou abusives. C’est un petit peu pour faire un grand résumé de l’enquête de la revue précitée.

Avez-vous eu connaissance de cette enquête ? Pour vous, l’implantation d’une ou plusieurs éoliennes peut-elle représenter une diversification de revenus intéressante pour une exploitation agricole ? Confirmez-vous que les contrats passés entre un opérateur éolien et un agriculteur contiennent parfois des clauses floues ou abusives ? Quels sont vos moyens de prévention et d’action pour éviter que des agriculteurs ne soient floués ?

La réponde d’Anne-Catherine Dalcq,
ministre de l’Agriculture et de la Ruralité.

Madame la Députée, j’ai bien pris connaissance de l’enquête publiée par la revue Tchak, qui aborde la question du développement de l’éolien en Wallonie et son impact sur le monde agricole. Il est essentiel d’examiner avec attention cette problématique.

Je rappelle que l’implantation d’éoliennes sur des terres agricoles ne peut être considérée comme une solution de diversification des revenus agricoles durables. Si l’éolien peut temporairement offrir une source de revenus, il ne s’inscrit pas dans une logique de diversification pérenne et adaptée aux besoins de l’agriculture. En effet, ces projets sont par nature temporaires. Les contrats d’implantation d’éoliennes sont souvent limités dans le temps, ce qui signifie que les bénéfices générés pour l’agriculteur ne sont pas durables à long terme. Les revenus issus de la location des terres sont bien plus une compensation ponctuelle qu’une véritable diversification permettant une stabilité financière pour les exploitations agricoles. De plus, l’installation d’éoliennes peut impliquer des contraintes importantes pour les exploitants agricoles, notamment en termes d’accès aux parcelles, ce qui peut interférer avec la gestion courante de l’exploitation.

Ensuite, l’impact environnemental sur les terres agricoles doit être pris en compte. L’installation des grandes infrastructures telles que les éoliennes modifie l’usage du sol et peut dégrader la qualité des terres.

Je suis également consciente que certains contrats proposés aux agriculteurs peuvent contenir des clauses floues, voire déséquilibrées, ce qui peut créer des inquiétudes légitimes. Toutefois, il est important de souligner que ces contrats relèvent du droit privé et de la liberté contractuelle entre les parties. Chaque exploitant reste libre d’accepter ou de refuser une proposition d’implantation. C’est pourquoi je recommande vivement aux agriculteurs de se faire accompagner pour être mieux informés et protégés lors de leurs négociations avec les promoteurs.

Mon rôle est de veiller à ce que l’agriculture reste une activité durable et viable à long terme. C’est pourquoi, bien que l’implantation d’éoliennes ne soit pas dans ma compétence, je reste vigilante aux impacts de l’éolien sur les terres agricoles.

La réponse d‘Alice Bernard (PTB).

Merci, Madame la Ministre, pour vos réponses qui rencontrent effectivement pas mal d’inquiétudes du secteur.

En ce qui concerne les contrats conclus entre agriculteurs et opérateurs éoliens, vous parlez de l’importance de se faire accompagner. Une suggestion à la Région wallonne a été émise par plusieurs coopératives de veiller à produire une espèce de contrat type qui pourrait être conclu entre l’agriculteur et les opérateurs éoliens.

Évidemment, les implantations elles-mêmes ne sont pas dans votre compétence, mais il y aurait peut-être une concertation à avoir avec le ministre compétent pour voir si un contrat de ce type peut aider les agriculteurs. 

Info | Vous pouvez retrouver ce compte-rendu sur le site du Parlement de Wallonie.

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