À La Roche-en-Ardenne, un projet d’agrivoltaïsme de plus de 80 000 panneaux a suscité une opposition locale. À partir d’une consultation populaire, un collectif citoyen s’est mobilisé et a obtenu le refus du permis. Une bataille qui illustre la défense grandissante des terres agricoles face aux projets énergétiques.
Claire Lengrand, journaliste
À La Roche-en-Ardenne, commune prisée des touristes pour ses paysages forestiers, un projet suscite une vive contestation : l’installation d’une « mer solaire » de 82 200 panneaux photovoltaïques sur 40 hectares de terres agricoles. Pour s’y opposer, un collectif citoyen, Sauvons la ferme du Vivier, s’est formé en juin dernier.
Sur le papier, le projet présenté par les propriétaires, Honorine d’Ursel et Martin de Cock de Rameyen, se veut pourtant vertueux. Il prévoit l’élevage de brebis de races locales, la culture de céréales et de légumineuses, la réhabilitation de la zone d’étangs, ainsi que la plantation d’arbres fruitiers et de haies indigènes. Selon eux, l’ensemble favoriserait la biodiversité et améliorerait la qualité agronomique des sols, réduisant notamment l’érosion.
Du côté du collectif, on n’y croit pas : « C’est du bluff », affirment ses membres. Les critiques pleuvent :
- « Une partie des cultures sert actuellement à produire de l’éthanol ou du carburant, souligne Damien Jonckers, agronome de formation et membre suppléant au conseil communal (En Avant Autrement). Les propriétaires prétendent vouloir changer le modèle agricole industriel de la ferme. Or rien ne les empêche de le faire sans mettre des panneaux. »
- « Il n’y a aucune vie dans cette ferme, alors qu’elle pourrait nourrir à elle seule plusieurs villages de la commune ! », déplore Alessandra, chevrière à la ferme de la Bèrwète.
- « Ce sont des propriétaires terriens qui cherchent à faire du profit », dénonce Anne Collinet, décoratrice d’intérieur et fille d’agriculteur·ices.
- « Les loyers octroyés aux propriétaires pour l’installation de ces panneaux seront colossaux par rapport à ce qu’ils peuvent tirer d’une gestion agricole conventionnelle », éclaire Marc Pittie, un des deux avocats sollicités par le collectif pour le représenter.
Selon lui, les propriétaires terriens ne prennent d’ailleurs aucun risque : le projet étant piloté et financé par Diodi, filiale du groupe belgo-danois InControl, spécialisé dans la construction d’éoliennes offshore. Autre caractéristique : son implantation nécessite l’enfouissement de 18 km de câbles à travers plusieurs villages avoisinants afin de raccorder les panneaux à la station Elia de Marcourt. « Cela a généré beaucoup d’inquiétude chez les riverain·es, notamment sur le plan sanitaire », ajoute Damien Jonckers.

Mise à jour: ce dossier est publié dans notre numéro 24 (hiver 24-25). Depuis sa publication, le refus du permis a été confirmé par le ministre wallon Desquennes.














