Plan nutrition santé
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Malbouffe : le plan fédéral nutrition-santé en rade

Lutter contre la malbouffe et l’obésité permettrait de construire une société plus résiliente face au Covid ou en matière de santé publique. En Belgique, on est loin du compte. Le plan fédéral nutrition-santé est dans les limbes depuis deux ans.  Et comparé à d’autres pays, les réglementations contre la malbouffe sont très limitées. Une aubaine pour l’industrie alimentaire qui tire son épingle du jeu.     

Regard | Manuel Eggen, chargé de recherche et plaidoyer chez FIAN Belgique et membre de la coordination du mouvement Agroecology in Action

Mais où est donc passé le Plan fédéral nutrition-santé ? Sa dernière version est arrivée à échéance en 2020. Depuis, même si une ébauche serait en gestation, aucun projet n’a été déposé par le gouvernement. Ces deux dernières années, le sujet n’a semble-t-il même pas été abordé au parlement, en commission de la santé. Une assemblée dont l’agenda, c’est vrai, a été particulièrement chargé, crise du Covid oblige.  

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Une vision essentiellement sanitaire

Mais justement, au regard de la pandémie, l’absence d’une politique nutrition-santé est assez révélatrice. Elle traduit une vision encore essentiellement sanitaire et sans approche globale de la santé publique.

Dans le cas du Covid-19, la plupart des facteurs de risque sont pourtant liés à de mauvais régimes alimentaires et à l’obésité. Celle-ci représente même un facteur de comorbidité. Et elle contribue également à l’émergence ou l’aggravation d’autres facteurs (hypertension, diabète, maladies cardiovasculaires, etc.). Un cercle vicieux est ainsi engagé qui fragilise nos populations face au virus et aux autres maladies (voir graphique). 

Les études comparatives entre pays montrent ainsi une corrélation assez flagrante entre le taux de surpoids et d’obésité et le nombre de décès dus au Covid. Plus un pays a un taux élevé de population en surpoids, plus le nombre de décès par 100.000 habitants est élevé. D’autres études ont montré qu’au niveau individuel, le risque d’hospitalisation augmentait de 113 % chez les personnes atteintes d’obésité, et les risques de décès de 48 %[2]

Au-delà de la pandémie de Covid-19, on connaît depuis longtemps le fléau que représente la malbouffe pour la santé publique. L’OMS qualifie d’ailleurs l’obésité elle-même de pandémie et estime que plus de 4 millions de personnes meurent chaque année des suites du surpoids ou de l’obésité dans le monde[3]. Une autre étude de référence avance le chiffre de 11 millions de morts liés aux mauvais régimes alimentaires[4]. Les maladies liées à la malbouffe font donc plus de morts chaque année que la pandémie de Covid (6 millions de morts depuis décembre 2019). 

En plus du nombre de morts, le principal impact de la malbouffe sur la santé publique est surtout la perte du nombre d’années de vie en bonne santé[5]. C’est un constat dans nos sociétés occidentales : nous vivons plus vieux mais nous vivons en mauvaise santé. 

La Belgique largement touchée par l’obésité

La Belgique, comme de nombreux pays occidentaux, est largement touchée par la pandémie d’obésité. Selon la dernière enquête sur la santé de la population belge, le surpoids concernait 41,3 % de la population en 1997 contre 49,3 % en 2018, tandis que la proportion de personnes obèses est passée de 10,8% à 15,9 %[6]. Le surpoids et l’obésité ne cessent donc de gagner du terrain et, aujourd’hui, près d’un Belge sur deux est trop gros.

Un autre constat bien connu est le fait que la malbouffe s’attaque en particulier aux populations les plus défavorisées. Le taux de surpoids est ainsi nettement plus élevé chez les populations les moins diplômées (62 % des non-diplômés) par rapport aux populations plus instruites (42 % chez les diplômés de l’enseignement supérieur). 

Outre le niveau d’éducation, le prix des aliments est évidemment un facteur clé pour les populations les plus pauvres. Il est ainsi frappant de constater qu’en Belgique, les aliments ultra-transformés (très riches en graisses, sucres et sel) coûtent en moyenne deux fois moins cher (0,55€/100 kcal) que les aliments peu ou pas transformés, généralement meilleurs pour la santé (1,29€/100 kcal)[7].

Surpoids et obésité: «une maladie sociale»

Cette situation montre bien que le surpoids et l’obésité ne sont pas une question de responsabilité individuelle mais qu’il s’agit d’une maladie sociétale, conséquence d’un environnement alimentaire malsain. C’est avant tout sur l’accessibilité à une offre alimentaire saine et financièrement avantageuse qu’il faut agir et pas sur des messages de sensibilisation culpabilisants, n’en déplaise à l’industrie. Comme le note l’OMS : « La responsabilité individuelle ne peut pleinement jouer son rôle que si on a accès à un mode de vie sain. » 

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[1]      Fian Belgique : ONG pour le droit à l’alimentation – www.fian.be

[2]      K. Leach-Kemon et al., « COVID-19 Shows Us It’s Time to Tackle Obesity and Overweight », 2020. 

[3]      https://www.who.int/fr/health-topics/obesity#tab=tab_1

[4]      GBD, « Health effects of dietary risks in 195 countries, 1990–2017: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2017 », 2019.

[5]      La perte d’années de vie en bonne santé est calculée par l’indicateur DALY (Disability-adjusted life years). En Europe, l’étude « Global Burden of Disease » estime que plus de 16 millions d’années de vie sont perdues chaque année à cause d’une mauvaise alimentation. 

[6]      S. Drieskens, et al., Enquête de santé 2018 : Etat nutritionnel, Bruxelles, Sciensano, 2018.

[7]      Communiqué Sciensano, « L’alimentation ultra-transformée meilleure marché que l’alimentation saine », 8 octobre 2020.

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