Il y a très longtemps, Bruxelles a été une terre agricole foisonnante faite de champs, de jardins, de vergers, de pâturages. Les fermes autour de la ville nourrissaient directement la population urbaine… avant de disparaître au fil des siècles sous l’effet de l’industrialisation et de l’urbanisation.
Sang-Sang Wu, journaliste
Nous sommes aux alentours de l’an 1000. Bruxelles, en tant que ville, est en pleine éclosion. Comme dans d’autres régions du nord-ouest de l’Europe à l’époque médiévale, on voit apparaître autour de la ville un système agraire assez productif qui génère des surplus et permet une activité commerciale.
Sa production excédentaire de grains lui ouvre les portes de l’exportation, facilitée par l’aménagement de son port, dans le courant du XIe siècle. À ce moment-là, la Grand-Place devient – et restera longtemps – un haut lieu marchand. Les productions spécialisées alimentent les activités artisanales urbaines : la culture de lin pour le textile, l’élevage pour la laine.
Le développement de Bruxelles est tel que dès le XIIe siècle, elle devient un véritable centre marchand régional. L’agriculture est omniprésente dans la ville, mais aussi autour. Chaque espace est cultivé. Il faut dire que la haute qualité pédologique des terres limoneuses et sablo-limoneuses s’y prête. Les travaux d’archéopédologie montrent qu’elles seraient même aussi performantes que certains sols ukrainiens, considérés comme les plus fertiles au monde.
Une agriculture innovante
À partir du XIIIe siècle, l’agriculture (péri)bruxelloise gagne encore en intensivité. Loin d’être un « monstre démographique » comme le sont Londres ou Paris, Bruxelles voit néanmoins sa population augmenter de manière constante. Une hausse démographique qui explique, selon les historien·nes, le développement rapide, intensif et innovant de l’agriculture. Plus tôt qu’ailleurs, il s’agit de nourrir une communauté humaine de plus en plus vaste.
Cette explosion de la population entraîne un mouvement dès le Moyen Âge central (XIe-XIIIe siècles) : les « Grands défrichements ». Afin de subvenir aux besoins croissants, il faut défricher forêts et marais pour les transformer en terres cultivables. Hélas, la quantité de terres disponibles est limitée. Dans ce contexte, augmenter les rendements agricoles passe par le recours à de nouvelles méthodes de production. On réduit ou supprime les jachères, on amende les sols avec des engrais naturels, de la fumure. L’élevage est indissociable de l’agriculture. Sans lui, les sols seraient vite épuisés et les rendements s’effondreraient. Dans et autour de la Forêt de Soignes gambadent vaches, chevaux, mais aussi moutons et cochons.
Bien plus tard, au XXe siècle, des traces de cette agriculture très ancienne seront retrouvées au cours de fouilles archéologiques dans le bâti. Sous les pavés de la ville, les chercheur·euses tomberont sur un sol aussi noir que du charbon. Ces terres noires, humifères, sont très riches en matières organiques.
L’agriculture bruxelloise d’Ancien Régime, du Moyen Âge au XVIIIe siècle, est une agriculture à jachère, reposant sur un système de rotation des cultures : un tiers est laissé en jachère, un autre tiers est consacré aux céréales d’hiver, et le dernier à celles d’été. Par ailleurs, comme Bruxelles est faite de sols limoneux, sablo-limoneux et argileux lourds, il faut des attelages puissants pour les travailler.
Photos
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Un plan datant de 1572
- Côté droit de la carte, à mi-hauteur : Ter ouder muelen (aux vieux moulins), deux moulins hydrauliques se faisant face. Durant l’Ancien Régime, ces infrastructures étaient essentielles pour la mouture du grain et la confection du pain, produit central de l’alimentation des populations.
- Côté droit, partie inférieure (à gauche du colophon) : représentation d’une ferme constituée de différents bâtiments d’exploitation. On reconnaît en particulier la grande et longue construction à front de rue qui peut être identifiée comme une grange ou étable.
- Intra-muros, les zones en vert rappellent l’importance des espaces ouverts dans les villes préindustrielles, occupées par des potagers et des vergers. Ces aménagements étaient une composante habituelle des espaces d’habitation. À Bruxelles, on observe surtout leur importance entre la première (zone hyperdense autour de la Grand-Place) et la seconde enceinte fossoyée.


















