Agriculture sociale
© Philippe Lavandy

Agriculture sociale : l’ASBL Nos Oignons tire la sonnette d’alarme

L’ASBL Nos Oignons tire la sonnette d’alarme : faute de soutien pérenne des pouvoirs publics et de perspectives de renouvellement des financements au-delà de 2027, cette association accompagnante en agriculture sociale cessera ses activités en octobre prochain. Douze autres projets sont également menacés.

Sang-Sang Wu – Journaliste

En tout, ce sont treize projets d’agriculture sociale qui sont menacés de disparaître en Wallonie et à Bruxelles. Et pourtant, ce secteur, qui fait le lien entre le monde agricole et celui de l’accueil social, a fait ses preuves en matière de santé mentale. Cette alternative à l’hospitalisation attire de plus en plus de personnes sur les champs. Nous avons fait le point sur la situation avec Samuel Hubaux, le directeur de Nos Oignons.

Samuel Hubaux, quelle est la situation financière de Nos Oignons et pourquoi fait-elle l’objet d’inquiétudes récurrentes ?

Depuis des années, nous nous co-finançons par des moyens privés (fondations) et des subsides publics (facultatifs et annuels) qui restent fort limités. Cela rend la gestion particulièrement complexe et énergivore : nous consacrons trop de temps à rechercher et justifier des financements, et l’équipe vit dans la précarité avec des annonces de fin de contrat récurrentes. Dès 2024, nous avons tiré la sonnette d’alarme : nous ne pouvions mener une année de plus dans ces conditions.

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Et que s’est-il passé ?

En 2025, nos financements ont été diminués, côté wallon. Pour boucler notre budget, nous avons dû mobiliser des moyens privés économisés les années précédentes et anticiper l’utilisation de moyens prévus pour 2026. En fin d’année, nous avons par ailleurs appris l’interruption anticipée de notre subside bruxellois en promotion de la santé. Nous commencions 2026 avec de fortes appréhensions et une mobilisation sans précédent, mais aussi l’espoir d’évolution au vu des messages reçus de la part du gouvernement wallon.

Quels étaient les signaux politiques qui laissaient présager un refinancement ?

Des auditions très prometteuses ont été organisées au sein du Parlement wallon en janvier, et les administrations compétentes ont été mandatées par les ministres Yves Coppieters (Les Engagés) et Anne-Catherine Dalcq (MR) pour analyser les propositions que nous portons au sein du Collectif agriculture sociale en Wallonie. Malgré cela, en mai, on nous a annoncé une réduction de subsides. Nous sommes donc dans une grande incompréhension : nous ne comprenons pas le signal politique envoyé. Dans ces conditions, l’ASBL Nos Oignons n’a pas d’autre possibilité que de mettre un terme à ses activités à la mi-octobre.

Une série de projets d’agriculture sociale et de soin qui existent en Wallonie s’arrêteront donc d’ici la fin 2027, en l’absence de perspectives. C’est bien cela ?

Il est déjà trop tard pour Nos Oignons, sauf sursaut politique significatif. En ce qui concerne l’ensemble des structures accompagnantes en agriculture sociale, il est minuit moins cinq. Un gros travail d’évaluation, d’analyse, de co-construction de propositions concrètes et chiffrées a été mené par les porteurs de projet au sein du Collectif agriculture sociale en Wallonie, avec l’appui d’organismes tiers, voire d’investisseurs privés comme le Programme soins verts – groene zorg [une initiative portée par la fondation Terre de vie, NDLR], consacré à l’accompagnement du burn-out par des activités en ferme.

Quel est le but de cette démarche ?

Il faut aujourd’hui aller de l’avant pour que tout ce travail et les investissements conséquents consentis par les Régions (la Wallonie co-finance dix projets avec l’Europe aujourd’hui, certains depuis 2017) ne soient pas tout simplement perdus. Et bien sûr, donner des perspectives aux centaines de personnes et dizaines de fermes qui vivent ces accueils en ferme chaque semaine à Bruxelles et en Wallonie. Ce serait un véritable gâchis.

Vous insistez sur le fait que vous seriez prêt·es à reprendre le travail au printemps 2027, si les conditions devaient être réunies. Quelles sont-elles et pourquoi sont-elles déterminantes ?

Il nous faut des perspectives à plus long terme (au moins trois ans) et un refinancement public. Nous sommes bien conscients de la réalité des finances publiques. Nous avons d’ailleurs toujours diversifié nos sources de financements, en faisant appel à des fondations privées. Toutefois, toutes nous adressent le même message : leur engagement est conditionné à l’existence d’un soutien public clair et durable. En d’autres termes, le financement public ne se substitue pas au financement privé, il le déclenche.

Quel est votre espoir, avec la diffusion de votre carte blanche ?

Susciter un sursaut pour que ce que nous avons construit puisse (re)trouver des perspectives de déploiement. Il est largement temps de passer de l’étape des projets-pilotes à celle d’une intégration pérenne de cette offre dans les systèmes de l’aide sociale et de la santé. Il n’est peut-être pas trop tard ! L’équipe est fatiguée, mais toujours très convaincue et mobilisée. Tout comme les partenaires agricoles et les nombreux volontaires sur le terrain.

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