Vignobles wallons
Le pressoir des Vins de Genval occupe une place centrale dans le chai. © Gaëlle Henkens

Wallonie : les vignobles citoyens, un succès maîtrisé

Les vignobles coopératifs ou associatifs se multiplient en Wallonie. Moteur de ce succès : la qualité et la spécificité. Ce fil conducteur aussi : leur ancrage dans l’économie sociale. Résultat : une filière qui se différencie par rapport à la Flandre.

Valentine Stoumon, journaliste

Aux yeux du grand public, la viticulture est encore largement perçue comme « une affaire d’aristocrates, de nantis ». Pourtant, en Wallonie, les vignobles coopératifs ou associatifs se multiplient. Un mouvement qui s’appuie sur l’essor de l’économie sociale. S’inscrivant en réaction à un monde économique broyeur d’âmes, celle-ci apparaît comme créatrice de bien-être et de développement durable, à l’opposé d’une recherche de profit pure et dure. Et ça « paie », exemple avec la coopérative Vin de Liège fondée en 2003.

« Aujourd’hui, près de vingt ans plus tard, nous comptons 3.500 coopérateurs, dont plus de 2.300 partenaires privés, et trois fonds d’investissement wallons : Noshaq, W.Alter et St’art Invest, se félicite Fabrice Collignon, président du conseil d’administration. Pas mal, non, pour un domaine de 16 hectares ! »

+++ Ce décryptage fait partie d'un dossier sur les vignobles wallons publié dans notre revue (numéro 11 - automne 2022) et sur le web. Un travail financé par le Fonds pour le journalisme et par Tchak.
100.000 bouteilles par an sont produites chez Vin de Liège © Gaëlle Henkens

Autre signe de l’engouement, l’appel public à participation lancé fin 2021, avec des parts fixées à 500 €. Le succès a été immédiat. En moins d’un mois, Vin de Liège a récolté 1,5 million pour atteindre un capital total de 4,6 millions. De quoi garantir le financement d’un nouveau hangar, de matériel agricole, de nouvelles cuves et plantations, et aussi le réaménagement des espaces « travailleurs ». Avec cet objectif à terme : une augmentation de 40% de la production.

« Pour l’heure, elle représente 100.000 bouteilles par an, dont 40% de blancs, 20% de rouges, 10% de rosés et 30% de mousseux, énumère Fabrice Collignon. Nous distribuons tout ça via la vente en direct (40%), la vente aux cavistes (40%) et celle aux magasins bio (20%). Tout ça fait de nous le troisième vignoble wallon le plus important. »

Des chiffres et des perspectives qui donnent le tournis. Mais pas la grosse tête. « Notre objectif reste l’équilibre entre les aspects économique, social et environnemental, assure Alec Bol, un des administrateurs de la coopérative. Nous souhaitons continuer notre croissance tout en conservant l’âme du projet, son caractère convivial, artisanal et humain. Cela veut dire se développer sur maximum 30 hectares. » En attendant, « la coopérative a atteint son seuil de rentabilité ces dernières années. »

Ce modèle coopératif, souvent associé à des objectifs sociaux, durables et éthiques, se déploierait davantage dans le sud du pays. « En Flandre, l’activité viticole est, dans l’ensemble, plus directement commerciale, analyse Michel Crucifix, responsable technique au vignoble du Poirier du Loup (Torgny). En Wallonie, une partie des vignobles est à vocation commerciale ou à valorisation financière de terres patrimoniales agricoles, mais il existe une autre partie, assez ample, organisée sur un mode plutôt associatif ou privé, pour une consommation personnelle et en tant que support social et pour les animations culturelles d’un lieu. »

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