BAPN, le Réseau belge de lutte contre la pauvreté, et ses réseaux régionaux, est inquiet. Selon lui, les mesures envisagées par le nouveau gouvernement risquent de créer une nouvelle vague de pauvreté en Belgique. Comment chercher du travail sans revenu minimum ? Comment avoir accès à une alimentation saine? Interview.
Sang-Sang Wu, journaliste
Delphine De Riemaecker, vous êtes porte-parole du BAPN. Parmi les mesures du nouveau gouvernement, la limitation des allocations de chômage à deux ans vous inquiète particulièrement. Pourquoi est-ce une fausse bonne idée ?
Une série d’études se sont penchées sur la limitation des allocations d’insertion dans le temps pour les jeunes et ont montré les limites et l’inefficacité de ce type de mesures. On avait croisé ces constats avec les témoignages des expert·es du vécu en pauvreté au sein de notre réseau, et on avait vu qu’avoir un revenu minimum décent était un prérequis pour pouvoir chercher du travail.
Pouvez-vous détailler ?
Être dans le stress financier, ça vous coupe d’une partie de vos capacités cognitives, ça mobilise votre bande passante parce que vous êtes tout le temps en train de chercher des solutions à vos problèmes qui sont parfois de l’ordre de l’heure d’après. Moi par exemple, qui n’ai pas ce vécu-là, je vais plutôt avoir une vision à la semaine prochaine, au mois prochain. Quand on vit en pauvreté, cette perspective est vraiment réduite.
Sans compter les ressources purement matérielles à mobiliser lorsqu’on cherche un emploi…
C’est un travail en soi et qui coûte de l’argent. Prendre une douche, manger pour avoir de l’énergie, laver ses vêtements, rechercher une offre d’emploi sur Internet, imprimer un CV, l’envoyer, se présenter devant un futur employeur, prendre des transports en commun, faire garder ses enfants pour se rendre à un entretien… Toutes ces tâches impliquent une série de coûts qu’on ne peut pas assumer quand on est en train de se demander comment survivre.
Il est par ailleurs question qu’une partie des allocations sociales soient transformées en aides matérielles. En quoi est-ce un problème ?
On est en train d’analyser la légalité de cette mesure. Est-ce conforme à la Constitution et à notre dispositif législatif ? Dans le cadre de notre travail de concertation avec les premier·ères concerné·es, on s’aperçoit qu’en général, les mesures politiques prises pour elles et eux les infantilisent. Souvent, elles sont d’ailleurs prises par des gens qui ne connaissent pas la pauvreté de l’intérieur. Or, cette expérience de la privation est très contre-intuitive pour quelqu’un qui ne l’a jamais vécue.
Quels pourraient être les effets indirects de ces mesures sur les Belges les plus pauvres ?
Il y a notamment toute la problématique du surendettement. Quand on regarde un peu plus en profondeur les chiffres, on voit qu’il s’agit de dettes liées aux besoins de base. Les dettes de santé représentent un grand pourcentage chez ces personnes qui vivent à flux tendu et qui, dès qu’ils ont un pépin de santé, se retrouvent endettés parce qu’ils doivent séjourner à l’hôpital. Il faut résoudre les problèmes de pauvreté en s’attaquant à ses causes structurelles, c’est-à-dire lutter contre l’absence de logement, le statut de cohabitant, les pratiques abusives des huissiers de justice, etc. On va chercher à dialoguer avec ce nouveau gouvernement afin de tenter de préserver les acquis sociaux et notre système de solidarité et de sécurité sociale.
Dans cet accord, il est beaucoup question de fraude sociale. Par contre, on parle beaucoup moins de la fraude fiscale et de l’évasion des multinationales, ainsi que des citoyens très riches…
Rien que le fait de nommer beaucoup plus de fois la fraude sociale, effectivement, ça donne le ton des priorités de ce gouvernement. Ce sera à nous de mettre en lumière ce qui se cache derrière d’éventuels a priori qui pourraient motiver cette chasse aux fraudeurs. Surtout que dans les chiffres de la fraude sociale, une majorité concerne en réalité les entreprises qui emploient des gens au noir. Et qui ne sont donc pas le fait des bénéficiaires d’allocations sociales. Il y a plusieurs formes de fraude sociale, et celle commise par les allocataires représente une toute petite portion.
Quelles sont les conséquences à craindre sur l’accès à une alimentation saine et donc sur la santé des citoyen·nes belges précarisés ?
Tous les aspects de la vie sont connectés. Du côté flamand, on travaille beaucoup avec les modèles de toile d’araignée où on voit vraiment l’impact de la pauvreté sur tous les domaines de la vie. Quand on a un revenu digne, c’est une toile de fond qui sert de filet de secours, de sécurité. Par exemple, si on perd son emploi, on peut parfois en retrouver un en discutant avec quelqu’un dans son club de sport. A contrario, en situation de pauvreté, on se trouve coupé de tout ça. C’est une spirale négative, une toile d’araignée dans laquelle on reste englué parce que les problèmes s’enchaînent dans tous les domaines de la vie.
Tchak a déjà publié de nombreuses cartes blanches de Christine Mahy, Secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, sur les liens entre la pauvreté et l’alimentation. Pour les relire ⤵️
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