À l’arrière d’une petite maison ouvrière située à Mouscron se cache le jardin-forêt de l’ASBL des Fraternités Ouvrières, pionnière en permaculture et en agroécologie depuis les années 1970. L’association est en danger : si elle ne trouve pas 150.000 € avant octobre 2026 pour racheter l’immeuble, elle devra cesser ses activités. Elle a lancé un appel public.
Camille Remacle, journaliste
« Il doit bien y avoir quelques mécènes passionnés de jardinage et qui voudront bien nous donner un coup de pouce », espère Monique Blaes, bénévole et trésorière. Avant de préciser : « Nous n’avons pas défini cette somme au hasard : la maison et les terrains ont été expertisés. »
Née en 1973, Fraternités Ouvrières promeut le jardinage en permaculture, le partage du savoir sur l’agroforesterie et l’utilisation de semence paysannes.. À l’époque, elle permettait aux ouvriers du textile de venir profiter du jardin, et de développer leur autonomie alimentaire alors que, dans la région, l’industrie était en pleine crise. La philosophie ? Elle n’a pas changé.
« Ici, tout le monde vient comme il veut. On s’en fiche de ton métier, de qui tu es, tu seras d’office le bienvenu », explique Michel Vanhulle, bénévole depuis 40 ans.
À l’origine de l’association, Gilbert et Josine Cardon. Le célèbre couple lui ouvre gratuitement sa maison et son jardin, au numéro 58 de la rue Charles-Quint, à Mouscron. Le décès de Gilbert en 2020 et le déménagement de Josine en maison de repos voici un peu plus de trois ans ont changé la donne. Le bail arrive à échéance en octobre 2026. Devenus propriétaires, les enfants souhaitent vendre le bien.
« C’est tout à fait normal, on ne leur en veut pas du tout, affirme Michel. C’est leur héritage et, d’ailleurs, ils aimeraient vraiment que l’on puisse l’acheter. »
Cet article a été publié dans le numéro 24 de Tchak (Hiver 25-26). Il vous est proposé en accès libre grâce à notre communauté d’abonné·es. Objectif : vous faire découvrir notre média.
Plus de 5.000 variétés de plantes
Depuis sa création, l’association a grandi, à l’image de l’énorme grainothèque, composée presque exclusivement de semences paysannes reproductibles. `
« En 1976, notre catalogue, ce n’était qu’une page recto-verso , observe Michel en feuilletant l’imposante farde. Aujourd’hui, on est à plus de 80 pages. »
Les lieux abritent ainsi plus de 5.000 variétés de légumes et de fleurs. Et contrairement aux semences produites par l’agro-industrie, il s’agit de graines reproductibles, libres de droits et plus robustes car mieux adaptées aux spécificités des territoires où elles sont semées.
« Pour qu’on puisse avoir tout ce choix, je suis obligée de passer par au moins cinq semenciers différents, comme Kokopelli ou Semailles », détaille Monique.
Quand les commandes arrivent, les graines sont réparties dans des emballages fabriqués par les petites mains des bénévoles à partir d’enveloppes déjà utilisées. Leur prix oscille généralement entre quelques cents et un euro. Pour pouvoir profiter de ces bonnes affaires, il faut être membre. « Tout le monde peut le devenir, à condition de s’acquitter d’une cotisation annuelle de cinq euros », développe Michel.
Outre la grainothèque, l’ASBL organise des cours de jardinage un dimanche par mois. « On est sur des conseils pratiques, on répond aux questions, observe encore le bénévole. Et c’est gratuite. C’est important, le savoir doit être accessible à tout le monde. »
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Dans la jungle de Gilbert et Josine
C’est derrière une vieille porte en bois, au fond de la salle de réunion, que se cache le cœur des Fraternités Ouvrières : un jardin-forêt de. Près de 2 ha. Il abrite des plantes parfois surprenantes. « Regarde : ça, c’est un kiwi !, s’exclame Michel.Les gens sont étonnés quand on leur dit qu’on peut en faire pousser en Belgique. »
Le Mouscronnois avance dans « la jungle » d’une démarche assurée. Il en connaît tous les recoins : la mare, les arbres, les tas de bois. « C’est ouvert aux visiteurs tous les jeudis. Et incroyable : on a des gens qui viennent des quatre coins du monde », s’émerveille-t-il.
Chaque semaine, les bénévoles se retroussent les manches pour entretenir cette forêt. « On est environ un millier à payer des cotisations chaque année. Beaucoup sont pensionné·es et fréquentent le lieux depuis des décennies. Notre noyau dur est composé d’une trentaine de personnes. »
Aujourd’hui, faire perdurer la philosophie des Fraternités représente donc un double défi : « Il nous faut de l’argent. Mais pour assurer notre avenir, il faut que des jeunes nous rejoignent. La transmission du savoir, c’est ce qu’il y a de plus important ».
















