Gilles Binche
© Olivier Legardien

Carnaval de Binche : pourquoi des oranges et pas des pommes de terre, comme avant ?  

Le 17 février, c’est le Mardi gras, et qui dit Mardi gras, dit pluie d’oranges à Binche. Des dizaines de milliers de tonnes seront lancées par les Gilles. Avant, c’était pourtant des pommes de terre, des oignons ou des marrons. D’un aliment à l’autre, on vous raconte comment le carnaval s’est embourgeoisé. 

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Bastien Hanot, journaliste stagiaire (Ihecs)
Mis en ligne le 14/02/26 – rectifié le 15/02/2026 (*)

Le carnaval de Binche démarre ce dimanche 15 février pour se terminer le mardi 17 février. Reconnu patrimoine immatériel de l’humanité par l’UNESCO en 2003, il est célèbre pour ses Gilles aux costumes enrobés et ses lancers d’oranges. Le saviez-vous ? Celles-ci n’ont pas toujours été le fruit star de l’événement.

« À l’origine du carnaval de Binche, les spectateurs recevaient des pommes de terre, des oignons, du pain et d’autres aliments que l’on pouvait habituellement trouver dans la région », précise Frédéric Ansion, vice-président de l’Association pour la Défense du folklore de Binche. 

Cette tradition du don alimentaire se retrouve dans beaucoup d’autres contrées. Si le carnaval servait de rituel de passage de l’hiver au printemps et de célébration des liens entre les humains et la nature, les participants offraient également des aliments locaux en échange des bons augures du public. Un moyen, aussi, de « faire gras » avant le Carème.

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Des oranges grâce à la nouvelle gare

Revenons à Binche. Au 19e siècle, la cité s’enrichit. « Les coutelleries, les cordonneries, les ateliers de textile se développent massivement et exportent leurs produits vers Bruxelles. Cet embourgeoisement de la ville se répercute alors sur son carnaval », explique Clémence Mathieu, directrice du Musée international du Carnaval et du Masque (MUMASK). 

Le masque bourgeois et le chapeau aux plumes d’autruche, importées d’Afrique du Sud, s’ajoutent à l’attirail du Gille. En ultime signe de prospérité, les acteurs du carnaval décident de remplacer les aliments locaux distribués à la foule par des oranges sanguines. Un fruit exotique et rare pour l’époque, dont l’acheminement est rendu possible grâce à l’inauguration de la gare de Binche en 1857. 

La raison exacte de ce choix de l’orange sanguine espagnole est inconnue. Unique certitude : il fallait un fruit cher pour démontrer la richesse de la ville. « Les classes sociales plus modestes se voient d’ailleurs peu à peu exclues de la participation en tant qu’acteurs du carnaval en raison de son embourgeoisement », poursuit Clémence Mathieu.

Aujourd’hui, le coût de participation au carnaval de Binche est ainsi estimé, selon la directrice du Mumask, entre 1.500 € et 2.000 € par an. 

Plus de 36 tonnes lancées

Selon plusieurs hypothèses d’historiens, c’est cette forme du Gille bourgeois avec son masque, son chapeau et ses oranges qui se répandra dans les villes et villages des alentours. 

« Ce sont uniquement des hypothèses, car les archives de Mons ont brûlé en 1940 et sont donc malheureusement très peu nombreuses », note encore Clémence Mathieu. 

Des oranges, un Gille en lance 30 à 40 kg en moyenne, multipliez ce chiffre par les 1200 acteurs du carnaval de Binche et vous obtenez une moyenne de 36 à 48 tonnes d’oranges distribuées. Un grossiste de la région de Charleroi nous confie importer plus de 200 tonnes d’oranges sanguines, majoritairement venues d’Espagne, durant la période des carnavals. 

Aujourd’hui, les oranges ont perdu leur caractère rare et exceptionnel, mais leur jet reste l’acte phare de plusieurs carnavals du Hainaut, attirant des centaines de milliers de visiteurs chaque année.

Dans le texte initial, il était dit ceci : À l’origine du carnaval de Binche, au 14° siècle, les spectateurs recevaient des pommes de terre, des oignons, du pain et d’autres aliments que l’on pouvait habituellement trouver dans la région.

Sur les réseaux, une lectrice a réagi, signalant que la pomme de terre au 14° siècle, c’était impossible, le tubercule ayant été introduite en Europe vers 1570, avant de devenir un aliment de base seulement au 18° siècle. Bien vu ! Nous aurions dû être plus attentifs.

Nous avons également changé le titre pour éviter un raccourci. À l’origine… Carnaval de Binche : et si les Gilles avaient continué de lancer des pommes de terre ?