Sans résidu de pesticides
Panzani, Bonduelle, Demain la terre, Savéol (ces deux derniers étant des groupements de producteurs français) et bien d’autres marques encore mettent en avant sur leurs produits un côté « sans pesticide ». Donc c’est bio ? Pas vraiment !

« Sans résidu de pesticides », ça ne veut pas dire « bio »

On trouve régulièrement en magasin des aliments vendus avec des appellations qui pourraient nous faire croire qu’ils ont été cultivés sans pesticides. À des degrés divers, toutes insistent sur le côté « sans pesticides ». Donc c’est bio ? Pas vraiment.

Renaud De Bruyn, expert alimentation (asbl écoconso) | rdebruyn@ecoconso.be

« Objectif zéro résidu de pesticides », « cultivé sans pesticides (de synthèse) » et autres « sans résidu de pesticide (détecté) »… Les appellations rivalisent de subtilités pour mettre en avant le « sans pesticides ».

Ce sont des initiatives privées, de marques ou de collectifs de producteurs, sans qu’il n’y ait de cahier des charges commun ni d’encadrement légal des mentions utilisées, contrairement par exemple au label de l’agriculture biologique européen. 

Visuellement la plupart de ces « labels » mettent en avant le côté « sans pesticide ». 

Des critères et une transparence qui laissent à désirer

Sans résidu de pesticides

La plupart de ces programmes ne sont pas très explicites sur les critères appliqués.

On ne précise par exemple jamais quels sont les pesticides analysés, et rarement à quelle fréquence, ni quels sont les organismes qui certifient les résultats. Au contraire, les formulations vagues fleurissent.

Quelques exemples: « Utiliser durablement les substrats de culture »; « s’associer à la Nature dans la lutte contre les nuisibles »; « Accompagner nos coopératives partenaires vers des pratiques culturales plus responsables ».

Panzani précise cependant que « (sa) démarche (…) ainsi que le référentiel (…) sont contrôlés par le ©Lloyd’s Register Quality Assurance Limited. »

Ce référentiel, on peut en peut prendre connaissance en envoyant un… courrier postal. Afin de faciliter l’accès à l’information ?

« Demain la terre » et Savéol sont, eux, plus clairs avec leurs programmes « sans pesticide de synthèse » et « sans résidu de pesticide détecté ». [1]

Est-ce que la loi n’encadre pas déjà les résidus de pesticides ?

Si la communication floue, voire confuse, n’inspire pas confiance, ne pourrait-on pas simplement se réjouir que de plus en plus d’acteurs de l’agro-alimentaire se soucient de la problématique des pesticides ?

Oui et non. Si l’optimiste dira qu’il y a une prise de conscience, le pessimiste verra surtout une tentative de ne pas perdre des consommateurs qui se tournent vers le bio.

Car la question des résidus de pesticides est déjà encadrée au niveau législatif et vérifiée par les autorités publiques (l’AFSCA pour la Belgique, l’EFSA au niveau européen).

Par défaut, la norme de résidus admis est de 0,01 mg par kilo[2]. Il est interpellant de constater que c’est rigoureusement la même chose que le 0,00001 g par kilo de Panzani. Bonduelle reprend l’expression européenne de la norme avec 0,01 mg par kilo, Demain la terre se borne à parler de limite de détection.

Du coup, ne feraient-ils que respecter la législation en faisant beaucoup de publicité ?

Partiellement. En fait cette norme européenne est une norme par défaut, en l’absence de limite précisée pour une molécule de pesticide en particulier. Or la norme peut être plus élevée (et elle l’est notamment pour plusieurs pesticides utilisés pour le stockage du blé)[3].

Vous avez lu 30 % de cet article...  La suite vous intéresse ?  Tchak! vous la propose en accès libre, pour vous faire découvrir cette section où invités et contributeurs questionnent les modèles dominants de l’agro-industrie, de la grande distribution et  de la consommation. De quoi, on l'espère, vous convaincre de vous abonner à notre revue ou de l'acheter dans un de nos nombreux points de vente. 

Donc, en théorie, avoir une limite de 0,01 mg/kilo pour tous les pesticides analysés est potentiellement une avancée par rapport à la législation. Tout comme ces marques ou producteurs pourraient utiliser des méthodes d’analyses plus récentes que celles agréées au niveau européen.

Mais comme aucune de ces initiatives ne précise ce qui est analysé, difficile de se dire si c’est un progrès.

Et est-ce qu’on en retrouve, des résidus, habituellement ?

Admettons que ces programmes soient plus stricts que la législation. Mais dans les faits, a-t-on un problème de résidus ?

32,2 % des fruits et légumes analysés (bio et non bio) par l’AFSCA en 2018 ne présentaient pas de résidus (détectables)[4]. Dans les produits transformés, le pourcentage sans résidus grimpe à 60,6 % au niveau belge (68,5 % en Europe). En effet les résidus ont tendance à diminuer avec le temps et la transformation des produits.

Les produits bio font nettement mieux : 88,3 %[5] des produits bio analysés entre 2015 et 2018 ne présentaient pas de résidus [6] (84,8 % au niveau européen[7]). Et encore, 6 des 10 molécules les plus retrouvées sur des produits bio sont des produits naturellement présents dans l’environnement ou des contaminants persistants, donc non liés aux méthodes agricoles utilisées.

Enfin, et plus spécifiquement pour les pâtes, le magazine Suisse Bon à savoir n’avait pas trouvé de résidus dans les pâtes bio analysées[8].

Pourquoi donc lancer de nouveaux programmes alors que finalement le bio se débrouille très bien ?

Et si l’enjeu n’était pas au niveau des résidus détectés ?

Ne pas avoir de résidus, ou du moins très peu, n’est qu’une partie du problème.

Et c’est là tout le risque des appellations « sans résidus ». Cela ne tient absolument pas compte de l’utilisation de pesticides sur le champ. Pesticides potentiellement lessivés par les pluies, envolés vers les habitations voisines, respirés par les agriculteurs et agricultrices, entraînant des pertes de biodiversité, se retrouvant dans l’eau qu’on boit, etc. Le risque d’associer « sans résidus » à « bon pour l’environnement » est donc plus que réel.

Qui plus est ces initiatives ne sont généralement pas contrôlées par un organisme indépendant. Et quand elles le sont, quid des sanctions éventuelles ? Y a-t-il des amendes comme dans la certification bio ? Qui fera appliquer le cahier des charges ? Qui retirera l’éventuel logo, à part la marque ou le groupement lui-même ?

Si on peut se permettre de faire confiance à « son » producteur local, qu’on connait, à qui on peut poser des questions, il est plus problématique qu’une grande organisation, d’autant plus si c’est une multinationale, passe par un système d’autorégulation.

De plus, chaque « label » a ses propres critères, ce qui ne fait qu’ajouter plus de confusion à un étiquetage des produits alimentaires déjà très complexe.

Même pour les programmes qui sont plus clairs, comme le « sans pesticides de synthèse utilisés », on se rend compte que si les tomates ne reçoivent pas de pesticides de synthèse, elles poussent les pieds dans de la laine de roche et dans de gigantesques serres chauffées qui ne sont pas sans conséquences sur l’environnement selon Reporterre[9]. Bonjour la cohérence.

Le bio européen va beaucoup plus loin

Si le bio européen n’est pas exempt de défauts, il a le mérite d’aller beaucoup plus loin dans le respect de l’environnement (pesticides, engrais, méthodes culturales…) et surtout, d’être encadré et vérifié.

Panzani nous a répondu préférer son programme « zéro résidu » à la labellisation bio « car elle permet de toucher un plus grand nombre de consommateurs, le Bio restant plus cher. ». On vous laisse le soin de vérifier le prix des pâtes en magasin. Nous on avait trouvé du bio moins cher.

Un coup de chance, sans doute.

➡️ Pour se procurer Tchak!, cliquer ici

Notes

[1] À lire sur http://demainlaterre.org/charte-demain-la-terre/pesticides-demarches-sans/ et https://www.saveol.com/fr/nos-engagements/le-sans-pesticides-saveol.html

[2] https://ec.europa.eu/food/plant/pesticides/max_residue_levels/eu_rules_en#

[3] Pour quatre molécules recherchées dans la base de données européenne (https://ec.europa.eu/food/plant/pesticides/eu-pesticides-database/) : pirimiphos-méthyl, chlorpirifos-méthyl, deltaméthrine et pyréthrines.

[4] Source : http://www.afsca.be/publications-en/pesticide-residue-monitoring-food-plant-origin.asp. Le rapport 2018 est le dernier disponible au moins de novembre 2020.

[5] Calcul fait sur base des 4 derniers rapports disponibles (http://www.afsca.be/publications-en/pesticide-residue-monitoring-food-plant-origin.asp.) Si on retire les baies de Goji des cas positifs, le pourcentage de cas positifs descend à 5.8% (94,2% de produits sans résidus).

[6] Les produits bio sont soumis aux mêmes règles de résidus que les aliments conventionnels. Sauf dans quelques régions, dont la Wallonie où il y a une limite de résidus spécifique aux produits bio, qui est de 1.5 fois la limite de quantification (LOQ) d’une molécule recherchée. Cette limite de quantification est entre la limite de détection (LOD) et la MRL (limite de résidu). Par exemple pour le Pirimiphos-méthyl la LOQ est de 0,01 mg/kg et la MRL est de 5 mg/kg. La MRL en bio en Wallonie est donc de 0,05 mg/kg au lieu de 5 mg/kg en conventionnel.

[7] À lire sur le site de l’EFSA – https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.2903/j.efsa.2020.6057

[8] https://www.bonasavoir.ch/918991-test-15-paquets-de-spaghettis-traces-de-pesticides-toxiques. Essentiellement du pirimiphos-méthyl.

[9] « Les serres géantes, « usines à tomates », envahissent la Bretagne ». https://reporterre.net/Les-serres-geantes-usines-a-tomates-envahissent-la-Bretagne



Catégories

S’inscrire à notre newsletter