Den Berk Délice - tomates

Chez Den Berk Délice, on saigne à blanc

Edito | Rouge de honte. On a tous déjà connu ça: un sentiment de culpabilité suivi d’une chaleur qui, presqu’instantanément, fait chauffer les joues. Une infime dose d’adrénaline et tout s’enchaîne, parfois s’additionne. A la peur bleue de révéler une faiblesse s’ajoute celle d’être trahi par ses émotions. 

Yves Raisiere, journaliste | yrai@tchak.be

Chez Den Berk Délice, un des plus gros producteurs belges de tomates, rien à f… de la couleur des sentiments : on saigne à blanc. Dans la chaleur moite des serres, on presse, on épuise, on impose la cadence, quitte à ce que les ouvriers pissent entre les lignes. On récompense d’un emploi moins précaire les gardes-chiourme du système. Et on rentabilise avec l’appui d’Hoogstraten, coopérative flamande fournissant la grande distribution en Belgique et l’étranger. 

Colère noire. En vitrine, Den Berk Délice reçoit prix et visite ministérielle. Et du côté de la « vraie vie », Carrefour, Colruyt et Delhaize jouent les ingénues: tomates à la silhouette perfect, goût juteux, variétés locales authentiques et respect de l’environnement. Sur les boîtes, des coeurs noir-jaune-rouge, ceux de « patrons passionnés ». Pas un mot, évidemment, sur la traite des ouvriers. Circulez, y a rien à voir. Comme dirait Lidl, c’est pas dur le durable à prix cassés. Une communication qui relève d’une évidente malhonnêteté intellectuelle. 

+++ A lire: Den Berk Délice, les tomates noir-jaune-rouge de la honte… Une enquête publiée dans le numéro 7 de Tchak! (automne 2021), en vente à partir du mardi 28 septembre.

Colère noire et même vert de rage face, aussi, au business avarié de JBS, multinationale brésilienne qui vomit deux millions de tonnes de viande par an sur le monde, Belgique comprise. Des produits qu’on retrouve chez Carrefour, Albert Heijn, Aldi ou encore dans l’industrie des plats préparés et de la restauration collective. Quelques mots en fil rouge : fraudes, viande avariée,  corruption et déforestation massive. Devinez qui c’est qui est marron? 

Autre enquête qui, elle, risque de vous faire rire jaune : à Hemptinne, un projet d’extension de carrière porté par Carmeuse bouleverse le paysage agricole local. Encore et toujours une question d’argent : ces trente dernières années, on a autant extrait que dans toute l’histoire de l’Homo Sapiens.

Plus politique : de plus en plus d’agriculteurs voient rouge dès qu’il est question de l’Agence wallonne de promotion pour une agriculture de qualité (Apaq-W). Ras-le-bol de payer des cotisations pour une communication rose bonbon

Dossier coloré, encore, celui de Louise Ménard. Un beau jour de 1898, cette gamine de 23 ans franchit la ligne jaune et vole un pain de 23 sous. Elle se retrouve devant le juge Magnaud qui, finalement, la relaxe. Son jugement fait grand bruit tant ses attendus bousculent : la jeune mère de famille n’est-elle pas, d’abord et avant tout, victime d’une société qui a des ratés ? Pirouette de l’Histoire : 120 ans plus tard, à Liège, le juge Franklin Kuty surprend avec les mêmes arguments.   

Bleue enfin, cette revue. Comme les cordons du même nom. Tous égaux, tous solidaires, quand bien même ils-elles s’appellent Sophie, Ferhad, Jaldez ou Khadija. Tranches de vie garanties dans le réseau des cuisines de quartier, collectif chauffe-cœur. Vous l’aurez compris: vous allez en voir de toutes les couleurs en lisant ce numéro 7 de Tchak. Et encore, on ne vous a pas tout dit !  

Tchak! – La revue paysanne et citoyenne qui tranche est disponible via abonnement (56€ pour quatre numéros) ou via vente au numéro (16 €) dans le réseau des librairies indépendantes.  Toutes les infos ici.

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