Le dernier Samsung à 0 €… C’est la toute dernière campagne de Proximus dans les villes du pays. Derrière ce zéro, pourtant, du sang et des viols.
📌 « La stratégie de durabilité : un must pour Proximus ». C’est le titre d’un communiqué publié en 2020 par l’opérateur télécom. Y est actée une « profonde réforme » de sa politique en matière de responsabilité sociétale. « Notre ambition est de permettre une vie digitale meilleure, se soucier de nos parties prenantes, contribuer à la société et respecter notre planète », explique à l’époque Proximus. Un engagement mainte fois réitéré depuis lors. Urbi et orbi.
Aujourd’hui, Il suffit de juxtaposer cette image – celle de cette campagne pour un Samsung haut de gamme à zéro euro – à la terrible crise que traverse le Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo, pour le faire voler en éclat. En toile de fond, les mines de coltan, essentiel à nos smartphones et à la « révolution » numérique, ou encore celle de cobalt, indispensable à la transition énergétique.

Et donc, derrière ce zéro affiché par Proximus, l’accaparement de centaines d’hectares de terres agricoles et de ressources forestières, qui impacte la sécurité alimentaire de paysan·nes et des habitant·es. Avec, pour conséquence, leur marginalisation et leur exploitation par des élites locales, des groupes armés ou des acteurs en marge de la société, relève l’ONG Entraide et Fraternité.
Derrière ce zéro affiché par Proximus, surtout, des viols. Des dizaines de milliers de viols, pour mater les populations. Des viols inimaginables. Monstrueux. Racontés par des milliers de victimes. Documentés par des centaines de journalistes, de chercheur·euses, d’ONG et d’associations. Mis en abyme à la tribune de l’ONU par Denis Mukwege, prix Nobel de la Paix.
Derrière ce zéro assumé par une entreprise semi-publique, des mutilations atroces, des tortures qui dépassent l’entendement. Il faut lire Barbarie numérique, le dernier livre de Fabien Lebrun, chercheur et auteur. Il les compile sans voyeurisme, plongeant aux origines du Mal : la course aux profits des multinationales des mines et des télécoms – dont Samsung, qui y est épinglée; leur lobbying qui verrouille toute évolution juridique ; le blanchiment orchestré par des organismes de traçabilité et de certifications de labels à leur solde.
« La révolution numérique traîne comme un boulet un véritable charnier africain, qui fait honte à notre humanité commune, mais ne cesse de s’étendre à mesure que la connexion et la mobilité colonisent le monde », dénonce Fabien Lebrun.
Un ouvrage qui nourrit la prise de conscience. On le recommande à Guillaume Boutin, le CEO de Proximus. Très récemment, il expliquait dans l’Écho avoir « clôturé 2024 avec une croissance du revenu et de l’ebitda de 3%. Sur base de ces deux indicateurs, nous faisons d’ailleurs partie des bons élèves ».
On a chacun ses références !
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