Pêche mer Nord
Le « flyshoot », comme on l’appelle en Flandre et aux Pays-Bas, est une technique de pêche appelée senne démersale en France, dite aussi senne danoise ou écossaise © VisNed

Pêche en mer du Nord : le flyshoot, technique prédatrice venue de l’étranger

En 20 ans, plus de la moitié des bateaux de pêche belges présents en mer du Nord ont disparu. Ceux qui résistent, toujours plus gros et puissants, doivent se livrer une bataille internationale. À bord, l’émoi grandit depuis qu’une nouvelle technique de pêche venue de l’étranger torpille les ressources : le « flyshoot ».

Clémence Dumont – journaliste

Le chapitre 1 de cette enquête est publié dans le 21° numéro de Tchak (printemps 2025). Vous allez pourvoir le lire en accès libre. En échange, on vous demande juste un petit truc (voir au bas de ce texte).

« Mon activité est de moins en moins rentableIl y a 10 ans, j’avais encore le droit d’attraper 12 à 13 tonnes de bars. Aujourd’hui, je ne peux plus en attraper que la moitié et je n’arrive même pas à le faire tant les stocks sont dans un état dramatique. »

L’Ostendais Laurent Raynal pêche à la ligne depuis une dizaine d’années à titre professionnel. Son petit bateau est immatriculé aux Pays-Bas, faute de licence disponible en Belgique pour ce type de pêche, mais c’est bien à Nieuport en Belgique que celui-ci est généralement amarré. Et si son activité décline, c’est à cause d’un coupable qu’il identifie sans détour : le « flyshoot », comme on l’appelle en Flandre et aux Pays-Bas, une technique de pêche appelée senne démersale en France, dite aussi senne danoise ou écossaise.

Le principe ? Un filet en forme d’entonnoir est posé sur le fond marin, ses deux extrémités étant attachées au navire via un très long câble positionné de manière à former un triangle le plus large possible. Les pêcheurs [1] resserrent ensuite le câble vers eux tout en le faisant vibrer, opération qui crée des nuages de sédiments entre lesquels les poissons ont tendance à rester. Les animaux se retrouvent alors coincés dans le filet au fur et à mesure que celui-ci se rapproche du bateau.

Chaque coup de senne balaye en moyenne 3 km², une superficie qui peut varier en fonction de la taille du navire mais reste, en tous les cas, gigantesque en comparaison avec les autres chalutiers de fond.

Le pêcheur à la ligne n’est pas le seul à s’alarmer de cette pratique. Le long des côtes de la Manche et de la mer du Nord, la grogne monte depuis que les Néerlandais·es ont massivement investi dans cet engin de pêche pour remplacer leurs chaluts électriques, interdits par l’Union européenne à partir de 2021.

La flotte belge, elle, n’a pas suivi le mouvement puisque seule une senne démersale est active pour le moment sous notre pavillon, a indiqué à Tchakl’administration flamande, bien que le pays ait le droit d’en avoir jusqu’à six. « La pêche belge s’est éloignée du flyshoot car cette technique pèse trop sur les stocks de poisson », selon un porte-parole.

La nature n’ayant pas de frontières, le secteur n’est pas préservé pour autant. D’après l’Institut de recherche flamand sur l’agriculture, la pêche et l’alimentation (Ilvo), une cinquantaine de sennes démersales naviguent ainsi actuellement en mer du Nord et dans la Manche, principalement en provenance des Pays-Bas (24 bateaux), mais aussi de France (18 bateaux), où la technique s’est fait une place en réaction à l’évolution de la flotte néerlandaise.

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Des tonnes de poisson rejetées par-dessus bord

Hans Polet, directeur scientifique du département Pêche de l’Ilvo, ne mâche pas ses mots : « C’est une manière très destructrice de pêcher, alerte-t-il. Je suis absolument contre. Pas contre la méthode en elle-même, mais contre la manière de la mettre en œuvre. J’en veux aux autorités néerlandaises, qui laissent se reproduire le même scénario qu’avec la pêche électrique. »

« À l’origine, les sennes danoise et écossaise étaient des méthodes de pêche assez durables, beaucoup plus légères, précise le chercheur : les câbles étaient très fins, les superficies couvertes plus réduites, les bateaux moins puissants, etc. La technique a des atouts parce qu’elle est plus économe en carburant et abîme moins les fonds marins que les autres chaluts de fond. Mais les Néerlandais, les Français et les Anglais l’ont industrialisée. Elle est devenue beaucoup trop intensive. »

« Pourquoi est-ce si problématique ? D’abord parce que les flyshoots ciblent surtout des espèces de poissons sans quota comme le rouget, le grondin, la limande ou le calamar, poursuit Hans Polet. Ce sont des espèces pour lesquelles l’Union européenne n’a pas fixé de limites de capture car il s’agit habituellement de prises accessoires, sans grand intérêt sur le plan commercial, donc les stocks ne sont pas surveillés. Ainsi, ces bateaux n’ont pas besoin d’acheter ou de louer des quotas, et ils peuvent se servir autant qu’ils le veulent. Les flyshoots pêchent ces espèces de manière si intensive qu’elles sont surpêchées. C’est aussi simple que cela ! »

Sa critique ne s’arrête pas là. Vu que les sennes démersales capturent quasiment tous les poissons présents sur leur passage, elles ne se contentent pas d’espèces sans quota.

« Des bars, des maquereaux, des plies ou des harengs se retrouvent régulièrement dans leurs filets, généralement déjà morts ou sans aucune chance de survie quand ils sont remontés. Si le bateau dispose des quotas pour ces espèces, ce n’est pas un problème. Mais souvent, ce n’est pas le cas. Que font alors les pêcheurs ? Ils rejettent ce poisson par-dessus bord, désapprouve le scientifique.

Qui pointe encore le fait que, pourtant, « l’Union européenne impose de débarquer [sur la terre ferme, NDLR] les poissons concernés par un quota, pour que ceux-ci puissent être décomptés. Mais si un bateau débarque du poisson pour lequel il ne dispose pas du bon quota, il doit arrêter de pêcher. Donc personne ne respecte cette obligation. Oui, c’est illégal. Mais l’Union européenne n’est pas en mesure de le contrôler ! »

© Pedro Rappé

« Il n’y a pas de cohabitation possible »

Les impacts sont difficiles à mesurer, vu l’absence de suivi scientifique des espèces sans quota et l’illégalité des rejets en mer d’espèces avec quota.

Selon une étude néerlandaise, de 45 à 50% du contenu des filets des sennes démersales est rejeté à la mer. « Une sous-estimation », pense Hans Polet, qui n’a toutefois pas beaucoup d’autres informations que celles que lui livrent les pêcheurs.

Or ceux-ci, à l’instar de Laurent Raynal, sont nombreux à remarquer des changements dans les zones où ils croisent des sennes démersales. Sa spécialité à lui, c’est le bar, qu’il attrape à l’aide d’une canne tenue à la main. « Des pêcheurs comme moi, il y en avait 25 quand j’ai commencé. L’an prochain, on ne sera plus que sept ou huit. Et dans cinq ans, il y a de fortes chances qu’on n’existe plus en Belgique, s’affole-t-il. Les flyshoots sont en train de pêcher tous les bars. C’est encore pire que la pêche électrique ! Il n’y a pas de cohabitation possible entre ces bateaux et les nôtres. »

Le jeune papa, qui préside une association belgo-néerlandaise de pêcheurs à la ligne (LIFSN, pour Low Impact Fishery Southern Northsea), s’explique : « Actuellement, les ligneurs professionnels ont le droit d’attraper maximum 6,2 tonnes de bars par an, avec interdiction de pêcher pendant la période de reproduction entre février et avril, constate Laurent Raynal. Les flyshoots sont limités à 2,5 tonnes, avec un plafond supplémentaire à 5% de leurs prises totales, et ils doivent également s’abstenir pendant la période de reproduction. Mais ces règles ne sont pas respectées, . Les flyshoots ciblent le calamar pendant la période de reproduction du bar, alors que le bar vit aux mêmes endroits. Donc ils se retrouvent avec plein de bars dans leurs filets, qu’ils rejettent en mer morts ou agonisants ! »

Les chalutiers à perche, qui composent l’essentiel de la flotte belge, subissent moins les impacts des sennes démersales. Néanmoins, leurs pêcheurs aussi voient la vie sous-marine se transformer. 

« Les flyshoots ne sont pas spécialisés dans les soles comme nous. Ils pêchent surtout d’autres espèces mais, pour nous, ces espèces sont des prises accessoires. Là où on croise ces bateaux, on en prend de moins en moins », remarque ainsi Alex De Cordier, gestionnaire d’un chalut à perche.

« Je n’aime pas tirer sur mes collègues mais, oui, le flyshoot est un problème, confirme Pedro Rappé, 37 ans de carrière sur des chalutiers à perche au compteur. Ces bateaux prennent trop de poissons, dont énormément de juvéniles. Il faudrait limiter le nombre de jours où ils sortent en mer, le nombre de navires ou leur taille », avance le quinquagénaire originaire de Knokke-Heist.

Des organisations professionnelles sous influence

Dans l’immédiat, l’association Climaxi, un mouvement flamand qui lutte pour des politiques écologiques plus justes socialement, plaide pour une autre solution : l’interdiction des sennes démersales dans les eaux territoriales belges (une zone large de 12 milles marins le long de la côte).

« C’est la seule possibilité si on veut une solution rapide en Belgique, sans attendre une décision européenne, argumente son porte-parole Filip De Bodt. Le nouveau gouvernement flamand a enfin déclaré qu’il était conscient du problème. Mais il préfère pousser le secteur européen à s’autoréguler. Faire confiance à l’autorégulation sur de tels enjeux d’équité et d’écologie, c’est typique du néolibéralisme », regrette le militant.

Filip De Bodt insiste aussi sur la nécessité de règles contrôlables, contrairement au cadre européen actuel.

« Des pêcheurs m’ont envoyé des films qui montrent des tonnes de poissons rejetées à la mer par des flyshoots. Et quand ces bateaux attrapent beaucoup de poissons à haute valeur commerciale mais qu’ils n’ont pas les quotas, ne pensez pas qu’ils les jettent : il leur suffit de donner rendez-vous à des revendeurs au milieu de la mer, par exemple près des îles Féroé [une province autonome du Danemark, qui ne fait pas partie de l’Union européenne, NDLR] où il n’y a aucun contrôle, pour tout écouler. Cela se fait, j’ai des témoignages. Pourtant, il ne se passe rien. »

Pour faire monter la pression contre les sennes démersales, les propriétaires de navires de pêche belges pourraient solliciter la Rederscentrale (Centrale des armateurs), le lobby qui les représente et a généralement l’oreille du pouvoir politique.

Mais « les pêcheurs flamands ont une mentalité assez individualiste et, surtout, je n’ai jamais vu la Rederscentrale défendre les petits pêcheurs », relève Filip De Bodt, qui s’interroge par ailleurs sur le poids des Néerlandais·es au sein de cette structure. Dans son organe d’administration figure par exemple Leon Padmos, le directeur de l’une des principales entreprises néerlandaises de construction navale, qui fabrique notamment… des sennes démersales.

Contactée, la Rederscentrale indique ne pas souhaiter s’exprimer publiquement sur le flyshoot. « S’il y a des Néerlandais dans notre organe d’administration, c’est parce qu’ils possèdent des navires sous drapeau belge », s’est borné à défendre son directeur adjoint, Sander Meyns.

De son côté, l’administration flamande en charge de l’agriculture et de la pêche signale que, depuis plusieurs années déjà, la Rederscentrale ainsi que les organisations professionnelles néerlandaises et françaises tentent de trouver un accord pour réguler cette technique de pêche.

« Étant donné que le flyshoot sous pavillon belge est très limité, il appartient surtout aux organisations néerlandaises et françaises de trouver un consensus », ajoute son porte-parole.

Un arrangement entre pairs

Au moment de boucler cet article, Tchak a appris qu’un arrangement venait justement d’être avalisé au sujet du flyshoot à l’est de la Manche. Laetitia Bisiaux, qui suit ce dossier pour l’ONG française Bloom, est cependant loin de le saluer.

« Cet accord limite le nombre de sennes démersales et les zones de pêche en légitimant la situation existante. C’est du sur-mesure qui montre qu’on ne va rien changer aux pratiques », dénonce-t-elle, regrettant au passage que les Allemands et les Britanniques n’y soient pas impliqués.

L’accord prévoit en outre une limite de 8 jours de pêche par période de 14 jours mais, selon Laetitia Bisiaux, « il est peu crédible qu’une telle limitation sera respectée quand on connaît les antécédents de fraudes au sein de la pêche néerlandaise ».

Bloom accuse ces tentatives d’autorégulation d’être pipées et est convaincue que la Rederscentrale belge y joue le jeu des Néerlandais·es : « seule une poignée de personnes ayant des intérêts privés y participent. Le négociateur belge, c’était un responsable de Padmos, constructeur néerlandais de sennes démersales. Il faut oser quand même ! », s’indigne Laetitia Bisiaux.

En France, où la pêche artisanale est beaucoup plus vivace qu’en Belgique, certaines victoires contre la senne démersale ont néanmoins été acquises. Dans plusieurs régions, à savoir l’Aquitaine, la Bretagne et une partie de la Normandie, cet engin est exclu des eaux territoriales ; un soulagement pour les petits bateaux côtiers.

Combien de temps encore faudra-t-il avant que les États ne réagissent plus fermement ? Le pêcheur Laurent Raynal craint le pire…

« Les Pays-Bas ont massivement investi dans la pêche électrique, une catastrophe écologique. L’Union européenne l’a interdite en 2019, mais l’interdiction n’est entrée en vigueur que deux ans plus tard, de sorte que les propriétaires des bateaux ont eu le temps de récupérer leurs investissements. Tout cet argent a ensuite été réinvesti dans les flyshootsUn flyshoot neuf, c’est plus d’un million d’euros. Même si la jeune génération de pêcheurs est plus attentive à l’environnement, elle a des crédits à rembourser. D’ici là, elle va pêcher jusqu’au dernier poisson ! »

À peine 55 bateaux belges

Cette histoire d’engin de pêche dévastateur est illustrative de la marchandisation internationale de la vie marine et son corollaire, l’industrialisation de la pêche. « Dans un marché libre, c’est celui qui a le matériel le plus destructif qui gagne la course », analyse Filip De Bodt.

Conséquence de cette compétition : le nombre de navires dégringole partout en Europe. À ce jour, il ne reste plus que 55 bateaux de pêche maritime commerciale qui battent pavillon belge. Il y a 20 ans, on en comptait 121, soit plus du double. Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, en 1950, ils étaient 457, selon l’administration flamande. À titre de comparaison, les Pays-Bas, autre petit pays, comptent encore plus de 500 bateaux, même si ce nombre a lui aussi chuté.

Sans compter le fait que, même parmi les bateaux officiellement rattachés à un port belge, plus d’un tiers sont aux mains de capitaux étrangers. Principalement des armateur·ices néerlandais·es « qui ne peuvent plus se développer dans leur propre pays en raison de la limitation européenne des capacités de pêche », selon un porte-parole de l’administration flamande.

Pour diminuer la pression sur la biodiversité marine, l’Union européenne a, en effet, elle-même encouragé la réduction de sa flotte. Avec un certain succès puisque, au total, la capacité de transport et la puissance motrice des navires européens ont faibli grâce à la destruction de nombreux bateaux. En moyenne, cependant, ceux qui subsistent sont de plus en plus imposants. La force motrice moyenne des bateaux belges continue ainsi à augmenter alors qu’elle a déjà doublé par rapport aux années 1980[2].

« Il y a 120 ans, on pêchait uniquement dans les zones côtières, en eaux peu profondes, avec des engins sans moteur, rappelle Jan Seys, biologiste et porte-parole de l’Institut flamand de la mer (VLIZ). On a évolué vers des bateaux dotés de moteurs très puissants, beaucoup plus grands, qui peuvent tirer de lourds filets, en ce compris dans les eaux profondes. Les techniques de recherche du poisson se sont également améliorées avec toutes sortes de sonars et de sondes. Tout cela fait que le poisson peut beaucoup plus difficilement s’échapper. »

Laetitia Bisiaux, de l’ONG Bloom, appuie : « Le monde de la pêche est très imaginatif. À chaque fois, il invente une nouvelle technologie permettant d’accéder à des poissons qu’il ne parvenait pas à attraper auparavantOn est partis en guerre contre les poissonsMais cette course technologique n’est pas tenable à cause des prix du carburant et parce que, à un moment donné, il n’y aura tout simplement plus de poissons », scande-t-elle.

De fait, malgré toutes les évolutions technologiques, les pêches ne sont pas miraculeuses. Sous l’effet des quotas imposés par l’Union européenne et, surtout, de la loi de la nature, le secteur a bien dû entamer sa décroissance. 

Moins de bateaux se disputent une ressource qui, par rapport au siècle passé, s’est effondrée avant d’atteindre des paliers un peu plus stables, mais très fragiles (voir chapitre 2). Dans les années 1950 et 1960, les pêcheurs marins du plat pays débarquaient plus de 50.000 tonnes de produits de la mer par an, contre à peine 16.000 en 2023, d’après les chiffres officiels de l’administration flamande.

Alex De Cordier, gestionnaire d’un chalut à perche, a fait ses comptes : « J’ai le droit de pêcher 25% de ce que je pêchais il y a 20 ans ! Heureusement que le prix des soles est élevé, sinon tous les bateaux seraient à quai », rapporte-t-il.

De plus, pour remplir les cales, son navire a dû progressivement allonger ses trajets : « On va pêcher plus à l’ouest. Là-bas, les stocks de poissons sont en meilleur équilibre que chez nous. Avant, la mer du Nord était une zone très riche. Puis la pêche électrique hollandaise a tout détruit. Même si elle a été interdite, il va falloir du temps pour que les stocks se rétablissent », déplore-t-il.

Depuis déjà de longues années, la flotte belge ne peut plus se contenter de pêcher dans le sud de la mer du Nord. Elle a également ses habitudes plus au nord, jusqu’aux côtes danoises, ainsi que dans la Manche, dans le canal de Bristol près du Pays de Galles, en mer d’Irlande ou encore dans le golfe de Gascogne, entre la France et l’Espagne. Avant le Brexit, plus de 50% des prises de nos bateaux provenaient des eaux britanniques, qui restent encore cruciales.

© Pedro Rappé.

« Plus votre bateau est grand, plus vous aurez des quotas »

Or, toutes les ressources que nos navires prélèvent dans ces zones bénéficient surtout aux plus gros d’entre eux. « L’Union européenne répartit les quotas entre États membres, mais ensuite il faut encore répartir ceux-ci entre les bateaux. Plus votre bateau est grand et puissant, plus vous aurez de quotas », schématise Filip De Bodt, de Climaxi. 

« En Belgique, c’est le gouvernement flamand qui distribue les quotas sur la base de ce que propose une commission instituée au sein de la Rederscentrale. Mais les gros armateurs y sont mieux représentés que les petits », réprouve-t-il, critiquant au passage le fait que « ceux qui siègent au sein de cette commission connaissent la répartition des quotas avant les autres et peuvent envoyer leur bateau en premier là où des zones de pêche s’ouvrent ».

Il faut dire enfin que les plus petites embarcations s’éloignent de toute façon moins du littoral que les plus grandes, alors que la faune côtière est de plus en plus compliquée à atteindre. D’abord parce que la partie belge de la mer du Nord est, avec la Manche, la zone maritime la plus fréquentée au monde. Les sites d’extraction de sable et de gravier, ceux dédiés aux éoliennes ou encore les « routes » par lesquelles transitent chaque année des milliers de ferries, sont autant de lieux où les pêcheurs ne sont pas les bienvenus, voire sont formellement exclus.

Ensuite parce que, comme le montre la problématique de la senne démersale, la Belgique n’a pas l’exclusivité sur ses ressources marines. Accords européens obligent, les navires néerlandais, français, danois, allemands et anglais y ont également des quotas de pêche, les premiers étant même majoritaires dans nos eaux.

« La pêche belge, c’est le capitalisme en miniature, rigole jaune Filip De Bodt. Tout ce qu’on décrit dans le grand système international, on peut l’observer ici à petite échelle. La pêche locale, ça ne veut plus dire grand-chose… »


[1] Tous les pêcheurs actifs en mer sur des bateaux belges sont des hommes, d’après l’administration flamande. Nous avons donc genré ce mot uniquement au masculin même si, parfois, il désigne également les propriétaires des bateaux, parmi lesquel·les se trouvent des femmes.

[2] Chiffres de l’Instituut voor landbouw-, visserij- en voedingsonderzoek.