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Santé environnementale : les facultés de médecine se mobilisent enfin

En Belgique, les médecins sont très peu formé·es aux risques environnementaux qui pèsent sur la santé. Mais c’est en train de changer: les facultés de médecine commencent enfin à prendre au sérieux cet enjeu.

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Clémence Dumont, journaliste

D’après le projet Education4Climate de l’ASBL The Shifters, qui a passé au crible les programmes universitaires de 2021-2022 à l’aide d’un algorithme, les formations en médecine font partie des cursus universitaires qui abordent le moins les enjeux environnementaux.

Tchak a interpellé à ce sujet les facultés de médecine de l’UCLouvain, de l’ULB, de l’ULiège, de l’UNamur et de l’Umons. Seule l’UMons ne nous a pas répondu. Toutes les autres l’assurent : ces toutes dernières années, les programmes ont été revus pour y inclure davantage de notions de santé environnementale, tant via des cours spécifiques que de manière transversale.

1. Namur

À l’UNamur, la faculté de médecine a marqué le coup en créant l’an dernier un cours de 10 heures intitulé « One Health » (« une seule santé ») en référence à ce concept promu par l’Organisation des Nations unies, qui considère que la santé humaine est étroitement liée à celle des animaux et de l’environnement. L’ensemble des étudiant·es en troisième année de médecine est tenu de le suivre.

« On y montre les relations entre l’environnement et la santé avec tous les vecteurs des maladies infectieuses, l’antibiorésistance, la pollution du milieu intérieur, du milieu extérieur, mais aussi le CO2et les effets du réchauffement climatique », résume Grégoire Wieërs, le médecin titulaire de ce cours.

De plus, les professeurs de la faculté ont passé trois ans à rediscuter le programme pour mieux y intégrer la dimension environnementale. « Cela nous a permis d’identifier des outils très concrets à donner aux étudiants, pour ne pas nous contenter de faire des constats tristes », selon Grégoire Wieërs.

2. ULiège

L’ULiège aussi a voulu mettre l’accent sur les enjeux climatiques et environnementaux puisque, depuis 2024, tous·tes les étudiant·es de l’université doivent suivre un cours de « Durabilité et transition » (12 heures).

En faculté de médecine s’y ajoute depuis 2025 un cours intitulé « Durabilité et transition en santé » sur les liens entre la santé et ses déterminants écologiques.

Le neurochirurgien Félix Scholtès, qui dispense en partie ces deux cours, insiste sur le fait que, idéalement, « ces enjeux devraient se retrouver dans tous les cours.Il est extrêmement difficile de mettre le doigt sur ce que chaque collègue fait, mais un cadastre a été lancé pour avoir une vue plus transversale

3. ULB

À l’ULB, le cours intitulé « Santé publique, économie de la santé, reproduction et enjeux sociétaux, santé et environnement » dispensé en première année de médecine« comporte dorénavant une douzaine d’heures sur la santé environnementale », d’après le doyen Pierre Wauthy.

« En 3e année, on a aussi intégré une douzaine d’heures sur l’influence de l’environnement au sein du cours d’infectiologie. Pour le reste, l’approche est transversale. En pneumologie par exemple, des parties du cours sont dédiées à l’évolution des pathologies en fonction de l’évolution du climat. Cela se faisait déjà mais, depuis 2020 environ, on a commencé à le formaliser dans les programmes », précise-t-il.

4. UCLouvain

À l’UCLouvain, les cours entièrement dédiés à la santé environnementale sont facultatifs mais le doyen, Nicolas Tajeddine, affirme que les enjeux sont bien abordés de manière transversale dans le tronc commun. « On va sans doute rendre obligatoire un cours de santé environnementale. Cela peut être utile pour sensibiliser davantage. Mais, à mon sens, le plus important est d’en parler à plusieurs moments et que ce soit intégré dans les différents cours pour que la matière vive », justifie-t-il.