C’est une escroquerie intellectuelle. Une instrumentalisation d’une idée généreuse, forgée sur l’enclume du monde paysan. On parle, ici, de la façon dont une partie du monde politique, les multinationales de l’agroalimentaire et les syndicats agricoles dominants dévoient le concept de souveraineté alimentaire.
Humeur | Yves Raisiere, journaliste
📌 Si on vous parle de cette expression aujourd’hui, c’est parce que, dans les prochains jours, il va beaucoup en être question. Mercredi, la Commission européenne a livré sa feuille de route pour le secteur agroalimentaire à l’horizon 2040. Et ce samedi 22 février, le Salon international de l’agriculture ouvre ses portes à Paris.

De l’une à l’autre, la même volonté de relier cette notion de souveraineté alimentaire à celle de compétitivité. Il est ainsi question de marchés, de libre-échange, d’excédent commercial, d’autonomie stratégique, de contribution à la sécurité alimentaire mondiale. Des termes bien éloignés du sens originel de la formule.
On doit celle-ci à la Via Campesina. Le mouvement altermondialiste en donne une première définition en 96. Il s’agit, pour l’essentiel, du droit des populations, des communautés, et des pays à définir leurs propres politiques alimentaire, agricole, territoriale, de travail et de pêche.
Dans les années 2000, le concept évolue pour davantage intégrer une dimension critique : ainsi, la souveraineté alimentaire ne peut être réalisée sans donner la priorité aux économies et aux marchés locaux et nationaux et sans valoriser l’agriculture vivrière. Une remise en question du système commercial international, y voit le SPW (*). Pour un déséquilibre qui, selon la Via Campesina, aggrave le déficit alimentaire des pays du Sud au profit de ceux du Nord.
Autre évolution en 2007, suite à la Déclaration de Nyéléni (Mali), avec une dimension plus écologique. Il est notamment question d’un « droit des peuples à alimentation saine, dans le respect des cultures, produite à l’aide de méthodes durables et respectueuses de l’environnement, ainsi que leur droit à définir leurs propres systèmes alimentaires et agricoles. Elle place les producteurs, distributeurs et consommateurs des aliments au cœur des systèmes et politiques alimentaires en lieu et place des exigences des marchés et des transnationales. Elle défend les intérêts et l’intégration de la prochaine génération. »
Relocaliser, avec le moins d’intermédiaires commerciaux, le plus de filières vivrières, le plus de démocratie, le plus de durabilité, le plus de solidarité possible. Quelle que soit l’échelle à laquelle les échanges sont parfois bien nécessaires.
C’est ça, la vraie souveraineté alimentaire.
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(*) Iweps, La sécurité et la souveraineté alimentaires de la Wallonie : un questionnement prospectif, 2024














