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Pesticides : même le parlement de Wallonie s’est fait avoir

Une déclaration de politique générale contient parfois certains bobards. Exemple avec celle signée par Bouchez (MR) et Prévot (Les Engagés). C’était en juillet 2024. Elle contenait une promesse de réduction des pesticides. Deux ans plus tard, même le Parlement de Wallonie s’est fait avoir.

Regard | Yves Raisière, journaliste.

Bobard. Terme familier. Propos destiné à enfumer. Celui dont il est question ici germe le 11 juillet 2024. Ce jour-là, Maxime Prévot, alors président des Engagés, et Georges-Louis Bouchez, celui du MR, présentent leur déclaration de politique régionale (DPR). Au cœur du texte, en page 87, la promesse d’une agriculture plus durable et d’une meilleure protection de la santé et de la biodiversité. En toile de fond : la réduction des pesticides.

Quelques semaines suffisent à clarifier le jeu entre Anne-Catherine Dalcq (MR), ministre wallonne de l’Agriculture, et Yves Coppieters (Les Engagés), celui de l’Environnement. La première défend une transition par étape ; le second insiste sur l’urgence d’un passage à l’acte, au minimum sur la protection des captages d’eau. Rien de bien neuf. Les précédentes législatures connaissaient déjà ce clivage. Sauf que, cette fois, la coalition est bipartite ; plus de troisième partenaire avec qui jouer la bande. 

Cet article est publié dans le tout nouveau numéro de Tchak (printemps 26), dans la rubrique « Le bobard». Il vous est proposé en accès libre grâce à notre communauté d’abonné·es. Objectifs: vous faire découvrir notre ligne éditoriale et réduire la fracture informationnelle.

Un premier coup de canif

Pendant plusieurs mois, l’ambiguïté tient pourtant, servant de terreau à notre bobard. Le premier coup de canif se produit début avril 2025. Dans une interview accordée au Soir, Dalcq minimise les risques liés aux pesticides. C’est le tollé : médecins, scientifiques, ONG et associations environnementales montent au créneau. Au même moment, la Cour des comptes publie un rapport sévère : le 3° plan wallon de réduction des pesticides est en panne. Pas d’indicateurs, pas de résultats, pas d’écoute des scientifiques. 

Dix mois après la DPR, le coup de projecteur est sans pitié. Aucune mesure concrète ne matérialise encore la volonté du gouvernement de réduire les pesticides. La pression médiatique, politique et citoyenne conduit la majorité à organiser une série d’auditions, à partir de juin 2025, en commission Environnement / Santé du Parlement de Wallonie. 

Cette fois, la promesse prend corps. Les deux ministres assistent à la séance inaugurale et, pour la première fois, les pesticides cessent d’être un simple dossier technico-agricole ou de santé publique. Au fil des semaines, toxicologues, scientifiques, administrations, associations environnementales et même certains représentants agricoles dressent un même tableau :

  • oui, les impacts sanitaires et environnementaux sont importants ;
  • oui, il faut tenir compte des effets cocktails, particulièrement sur les femmes enceintes, les enfants et les agriculteur·ices ;
  • oui, des alternatives existent, et l’argent de la PAC devrait massivement servir à les soutenir. 

Reste la question : que va faire la majorité de ces constats ? Pas grand-chose, du moins si l’on s’en réfère au coup d’envoi, le 31 octobre 2025, des États généraux pour la protection des cultures, impulsés par la ministre de l’Agriculture. Ce jour-là, la ministre de l’Agriculture réoriente le débat vers une logique technique et pensée par filière. Les mots bio et pesticides ne sont (quasiment) pas prononcés. 

La suite ne fait que confirmer le statu quo. Depuis l’hiver 2025, le dossier de la protection des captages d’eau porté par Yves Coppieters patine. Survient, début mai 2026, le coup de grâce fédéral. David Clarinval (MR), ministre de l’Agriculture, accorde une dérogation temporaire au Calantha, pesticide à action génétique encore à l’analyse au niveau européen.

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Un ton triomphal, mais un communiqué creux

Le 18 mai dernier, Yves Coppieters dénonce sur La Première (RTBF) le non-sens de cette décision. Et son incapacité à faire bouger les lignes dans le dossier des pesticides. L’aveu est osé, tant il renvoie à deux ans de participation à un gouvernement.

La séquence recrée un tollé au sein de la Société scientifique de médecine générale et des associations environnementales. Le 20 mai, elles organisent une grande rencontre citoyenne intitulée Pesticides : santé, impasses politiques et transition agricole, à Namur, et y promettent une mobilisation jamais vue. Deux jours plus tard, le 22 mai, les conclusions des États généraux sur la protection des cultures n’arrangent pas les choses : personne ne parle de réduire de 50 % l’empreinte pesticides à l’horizon 2030, comme le plan wallon initial le prévoyait. 

Au final, la claque est sévère pour la société, et le Parlement de Wallonie dont les conclusions sont restées sans suite. Depuis 2024, le gouvernement n’en finit pas de reporter les décisions sensibles sur les pesticides. Le décalage devient difficile à masquer, obligeant Adrien Dolimont (MR) à monter en première ligne. 

Le jeudi 28 mai, le ministre président wallon signe avec Coppieters un communiqué annonçant un cap et un calendrier général dans le dossier de la protection des captages d’eau. 

Le ton, triomphal, sert à panser les plaies. Le texte, lui, résume bien les années qui viennent de s’écouler depuis la signature de la Déclaration de politique régionale et depuis les auditions au Parlement. Le cap et le périmètre étaient déjà connus et aucune modalité de mise en œuvre n’est fixée.

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