Chômage Clarinval
David Clarinval (MR), ministre fédéral de l'Emploi, de l'Économie et de l'Agriculture. © Clarinval

Limitation du chômage à deux ans : pourquoi Clarinval (MR) ne devrait pas se féliciter

Avec la limitation du chômage à deux ans, 100.000 chômeurs et chômeuses seront exclu·es dès janvier 2026, se félicitait David Clarinval (MR), vice-Premier ministre dans Le Soir du 13 avril 2025

Humeur | Yves Raisiere, journaliste

Au-delà d’une décision politique qui n’a pris aucun·e électeur·ice par surprise, cette autosatisfaction trahit une indifférence glaçante à la détresse sociale que cette mesure risque d’engendrer. Elle pourrait aussi révéler une forme de mépris propre à ceux et celles qui n’ont jamais eu à affronter la précarité. Elle laisse entrevoir un ministre de l’Emploi qui s’égare sur son véritable défi : mettre en place les conditions pour que tous ces gens puissent retourner au travail. 

Somme toute, ce sentiment de délectation nourrit juste la polarisation, alors que le débat est fatalement complexe. Il est, par exemple, d’autres bénéficiaires qui « profitent des largesses » de la société : les entreprises. Les aides publiques — celles que nous payons toutes et tous — dont elles bénéficient nous coûtent un « pognon de dingue » (pour citer un grand philosophe) : 20 milliards d’euros de soutien à la politique économique en 2022, contre 16 pour le chômage et l’exclusion sociale, indiquent nos feuilles d’impôts. 

De tous les pays européens, « la Belgique est celui dont les subventions publiques nettes aux entreprises sont les plus élevées », expliquait d’ailleurs L’Écho en février 2023, citant une étude plus ciblée de l’IESEG School of Management. Il y était question, pour 2021, de15,7 milliards de subventions à la production aux entreprises, hors secteur financier. Contre 2 milliards pour le coût du chômage de longue durée, indiquait La Libre en 2023, après avoir posé la question à l’Onem. 

Curieusement, aucun cadastre public, transparent et facilement accessible ne rassemble les données relatives à cet autre type d’assistanat. Alors qu’elles fourmillent pour quantifier les personnes qui reçoivent des allocations sociales, dresser leur profil socio-économique — voire les stigmatiser —, il est quasi impossible pour les citoyen·nesde savoir combien Delhaize, Carrefour et compagnie ont reçu d’aides économiques, fiscales ou sociales ces 30 dernières années

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Là, tout aussi curieusement, pas grand monde pour exiger réparations ou légiférer pour mettre fin à certaines dérives. La plupart de ces multinationales affichent pourtant de très jolis bénéfices et distribuent des dividendes, tout en sabotant tissu social et environnement. Et quand l’une ou l’autre dépose le bilan, c’est encore l’argent public qui finance la reconversion des travailleuses et des travailleurs.

Vous le voyez venir, ce paradoxe qui ne devrait satisfaire personne ? Dans les grands secteurs économiques traditionnels, il se trouve toujours des capitaines et des premier·ères de cordée pour exiger la responsabilisation des « allocataires sociaux », alors qu’eux-mêmes et leurs actionnaires prospèrent grâce à la solidarité nationale.

Par bonheur, au-delà des clivages idéologiques et politiques, au-delà de nombreuses PME qui défendent certaines valeurs, il existe aujourd’hui un autre monde : celui de l’économie sociale (dont les coopératives de circuit court). Les entreprises y conjuguent volonté d’entreprendre et intégration sociale. Personne n’y réclame la fin de droits sociaux, personne n’imagine conditionner la dignité à la productivité, même quand les sauts d’index sont durs à gérer. 

Dans ce monde économique-là, on a compris que pour émanciper, il faut accompagner. Et non, comme David Clarinval, se réjouir de punir.


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