Rémunération carbone
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Rémunération carbone dans l’agriculture: éviter la jungle

Lutter contre le réchauffement climatique et la perte de la biodiversité en développant une gestion durable des sols agricoles, via une rémunération carbone octroyée aux agriculteurs qui améliorent leur bilan… L’idée fait son chemin.

  • Yves Raisiere, journaliste | yrai@tchak.be

En Wallonie, le programme DECIDE[1] permet aux agriculteurs de réaliser un bilan de leurs émissions de gaz à effet de serre. Dans l’Union européenne, un programme commun de recherches [2] est en cours depuis mai 2020.

Selon Claire Chenu, spécialiste française qui le coordonne, augmenter de 0,4 % par an la quantité de carbone stockée dans les sols agricoles permettrait de « pomper » l’équivalent de nos émissions annuelles (lire son interview ici). 

+ Découvrez notre décryptage consacré à la rémunération carbone dans l’agriculture

Dans ce cadre, payer les agriculteurs qui améliorent leur bilan d’émission et font jouer à leur sol le rôle de puits de carbone est une piste intéressante. Cette rémunération peut être financée via un système de certificat et/ou label bas carbone, à valoriser auprès d’entreprises et  d’investisseurs souhaitant s’inscrire dans une démarche plus vertueuse pour l’environnement.

Cette rémunération peut également être versée via un système de crédit/certificat carbone tel qu’il existe déjà pour les entreprises, les collectivités, voire les particuliers. Dans ce dernier cas, le principe est connu : contrebalancer ses propres  émissions en finançant des projets de réduction-séquestration ailleurs.  

Rémunération carbone : des entreprises peu écoresponsables

Ces mécanismes, très techniques, s’appuient sur de nombreuses agences intermédiaires rassemblant des experts de tout bord. Parmi eux, parfois, des spécialistes provenant de secteurs où la durabilité n’a jamais été qu’une variable d’ajustement dans leur course aux profits. Ou encore des financiers chargés de verdir des fonds de pension qui, en parallèle, continuent d’investir dans des multinationales qui se fichent du dérèglement climatique ou de la chute de la biodiversité.

Exemple avec Farming for Climate dont il est question dans notre dossier : son président et certains de ses administrateurs proviennent de la Deutsche Bank et de Coca-Cola, une banque et une multinationale ayant un très lourd impact sur l’environnement. On se consolera en se disant qu’il n’est jamais trop tard pour changer.

Si le C.V. des fondateurs de Soil Capital et PlantC– également cités dans ce dossier – sont plus en adéquation avec l’objet social de leur entreprise, certains affirmeront que là n’est pas la question, que l’important est d’être précurseur, de fournir les adresses d’éventuels investisseurs et/ou entreprises voulant s’inscrire dans une démarche durable et de proximité, ou encore de travailler à l’établissement d’un cahier des charges plus respectueux pour la planète et plus rentable pour l’agriculture.   

Il n’empêche : face à des intermédiaires présentant des profils et des niveaux de garanties extrêmement variables, l’absence de cadre public et éthique sur un système de rémunération carbone appliqué à l’agriculture ne facilite pas un choix éclairé pour les agriculteurs qui voudraient se lancer dans l’aventure. A la clé, le risque d’être financés par des entreprises peu écoresponsables.

+ Ce commentaire fait partie d’un dossier sur Soil Capital, PlantC et Farming4Climate, trois start up qui ont pour objectif de rémunérer les agriculteurs qui s’engagent dans la transition (publié dans notre numéro 7, automne 2021)


[1] Programme notamment développé par le centre de recherches agricoles de Wallonie (CRA-W)  https://www.decide.cra.wallonie.be/fr

[2] https://www.cra.wallonie.be/fr/renforcer-les-pratiques-de-gestion-durable-et-climato-intelligente-des-sols-agricoles

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